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Ivan Rioufol: «La colère française révèle la fin d’un monde»

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Ivan Rioufol: «La colère française révèle la fin d’un monde»

FIGAROVOX/CHRONIQUE – Le nouveau monde, qu’Emmanuel Macron croit encore symboliser, se révèle être la mascarade annoncée.

La colère française n’est pas éteinte. Un an après l’acte I des «gilets jaunes», le 17 novembre, le pays vit toujours un temps révolutionnaire. En apparence, les révoltés ont regagné les villes éteintes et les campagnes silencieuses. Leur désorganisation et leur récupération par l’extrême gauche ont découragé beaucoup d’exaspérés. Mais le pouvoir n’a rien fait, depuis, pour se rapprocher des Oubliés. Les quelques milliards d’euros débloqués n’ont pas répondu aux enjeux existentiels. La marée protestataire s’est provisoirement retirée, mais elle laisse voir les vraies fractures. La rupture n’est plus entre la droite et la gauche, ni même entre ceux d’en haut et ceux d’en bas. Elle oppose les déracinés aux enracinés. De fait, les cités «populaires», produits de quarante ans de politiques universalistes, ne se sont jamais senties solidaires de la France profonde, en dépit d’une semblable paupérisation. C’est pourquoi les espoirs de convergence de luttes, relancés ces jours-ci par la gauche radicale, ne sauraient être durables. Le rejet de l’idéologie mondialiste annonce la fin d’un monde.À lire aussi : Un an des «gilets jaunes»: ce qui est prévu ce week-end pour l’anniversaire du mouvement

La nouvelle idée universelle est portée par ceux qui, paradoxalement, se réclament de leurs racines, de leurs lieux. D’autres peuples, également menacés par la mondialisation, font valoir de semblables protections. Une économie innovante s’élabore déjà, dans la France modeste et débrouillarde. Elle se construit autour des notions de proximité, de solidarité, de partage. «Il faut des jeunes qui aient envie de devenir milliardaires», avait déclaré Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, en 2015. Or ce monde-là, individualiste et matérialiste, ne fait pas rêver. L’erreur du chef de l’État a été de s’accrocher à un idéal postnational plébiscité par les seuls «winners», soucieux de leurs intérêts financiers. Les injures que Macron et son parti de l’Ordre ont déversées sur les bouseux du 17 novembre ont révélé leur incompréhension des mutations sociétales. La guerre menée par le président contre les populistes a abouti à leur victoire. Pour preuve: le pouvoir n’ose plus bouger de peur d’enflammer le pays. En marche! est à l’arrêt.

Le nouveau monde, que le chef de l’État croit encore symboliser en promettant de «réconcilier les Français avec la mondialisation», s’est révélé être la mascarade annoncée ici dès les premiers pas du macronisme. Le président disait vouloir «transformer profondément le pays» en donnant sa personne en exemple. Mais le narcissisme ne fait pas un programme politique. Plutôt que de regarder de haut la classe moyenne, priée de supporter taxes et impôts, le président aurait été plus avisé d’écouter ces déclassés. Il aurait compris que ceux-ci ne demandaient pas seulement une baisse du carburant ou une augmentation de leur pouvoir d’achat. Le ressort des «gilets jaunes», qui les a fait tenir malgré tout plus de 50 semaines, est démocratique: les exclus exigent leur place dans la République. C’est cette crise de la représentation qui, privée de référendums, asphyxie la société et pousse à l’expression violente des aspirations populaires. Ce samedirisque d’être tendu.Les pratiques de l’ancien monde sont bien là…

Il n’est plus certain que l’assurance-vie de Macron, liée à son affrontement avec Marine Le Pen en 2022, soit pour lui un bon placement. L’écart se rétrécit (45% pour l’une, 55% pour l’autre) à mesure que le score de la présidente du RN augmente. De fait, son analyse correspond davantage à la révolution conservatrice nationale qui s’observe dans le rejet de l’utopie sans-frontiériste et le retour au localisme. De surcroît, la gestion de l’État laisse voir un laxisme qui écorne l’image du président gestionnaire. En se libérant de l’obligation européenne de maintenir les déficits publics sous la barre des 3 % du PIB, Macron a tiré un trait sur la réforme de l’État et son désendettement. L’institut économique Molinari confirme, cette semaine, le choix français pour les déficits: les dépenses publiques baissent quatre fois moins vite que dans le reste de l’Union européenne, et les impôts augmentent deux fois plus vite. Bref, les pratiques de l’ancien monde sont bien là…

La manif de la honte

Par son choix initial de répudier le peuple rebelle, le président a exacerbé les ressentiments. D’autant que ses dénonciations de la «lèpre qui monte», qui visaient les populistes opposés à sa vision d’une Europe supranationale, ont contribué à occulter la menace de l’islam totalitaire. La lèpre est chez les Frères musulmans et les salafistes. Ils rêvent d’embrigader leurs «frères» avec l’appui de la gauche «antiraciste». Comme prévu, la marche contre l’islamophobie (13.500 personnes samedi à Paris) s’est transformée en manifestation antifrançaise, sous couvert de drapeaux tricolores et de Marseillaise. C’est une France nazifiée, accusée de traiter les musulmans comme les Juifs sous Vichy, qui a été dénoncée avec l’aval de Jean-Luc Mélenchon et de sa France soumise. Dans le périmètre des attentats islamistes contre Charlie Hebdo puis le Bataclan, la foule «bon enfant» (dixit Franceinfo) a hurlé «Allah Akbar!» sous les encouragements d’un organisateur fanatique. Dans cette manif de la honte, les masques sont tombés.

La gauche perdue est prête, hormis le PS, à flatter les ennemis de la démocratie et de la laïcité. Elle cautionne les désinformations de la propagande victimaire. Or c’est cette même gauche du déshonneur qui cherche à récupérer l’insurrection des «gilets jaunes», vaincus par leurs improvisations et leur absence de leaders. Il va falloir prendre garde, ces prochains jours, à l’effet d’optique d’un ralliement de certains «gilets» à la gauche radicale et diversitaire. Dans le bras de fer qu’ils veulent engager avec le pouvoir le 5 décembre, les syndicats de la SNCF et de la RATP se prennent à rêver d’une France populaire unie à leur cause. Mais c’est oublier le mépris avec lequel la CGT, qui a pactisé samedi avec les islamistes, a accueilli les révoltés du 17 novembre 2018. Les deux entreprises publiques défendent, avec les retraites, des privilèges corporatistes. Or la colère française révèle la fin d’un monde construit sur ces injustices.

Cette fois, c’est François Hollande qui a été interdit de conférence à l’université de Lille, mardi soir, par l’extrême gauche. Alors que le pouvoir alerte sur la dangerosité d’une extrême droite zombifiée, il laisse se répandre, jusque dans les universités, l’intolérance de la gauche fasciste.

Source: Ivan Rioufol: «La colère française révèle la fin d’un monde»

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