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Paris se méfie du projet d'accord commercial évoqué par Trump et Juncker

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Paris se méfie du projet d'accord commercial évoqué par Trump et Juncker

Les espoirs de trêve sont là. Mais, si Berlin se réjouit d’une rencontre constructive, Bruno Le Maire s’inquiète des concessions réclamées.

Un succès, le rendez-vous entre Donald Trump et le patron de la Commission européenne? Pour le président américain, aucun doute. En ouvrant la rencontre par un baiser sur la joue de Trump, Jean-Claude Juncker a déclenché un tweet euphorique sur «l’amour» que se portent les deux continents. Donald Trump a aussi célébré une «nouvelle phase» dans les relations entre Washington et Bruxelles et la volonté commune d’aller vers la suppression totale des droits de douane dans les échanges industriels.

De ce côté-ci de l’Atlantique, le bilan est plus mitigé. À Bruxelles, le soulagement est patent à l’issue d’une «rencontre gagnant-gagnant», qui a réinstauré le dialogue et ouvert la voie à la coopération. Elle «éloigne, voire élimine le risque d’une guerre commerciale qui aurait entraîné des taxes supplémentaires sur les voitures», résume une source européenne. Par ailleurs, pour la première fois, le président américain reconnaît la nécessité de travailler à une réforme de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), souligne-t-on.

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Concrètement, Donald Trump et le président de la Commission européenne ont annoncé des décisions dans l’industrie, l’agriculture et l’énergie. L’UE devrait ainsi augmenter ses achats de gaz naturel liquéfié (GNL) et de soja américains.

«Une guerre commerciale ne ferait que des perdants et il est bien de revenir au dialogue avec les Américains sur les questions commerciales»

Encore faut-il concrétiser ces projets. Alors que l’UE subit des taxes douanières punitives de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium, le ministre américain des Finances, Steven Mnuchin, a souligné que c’était «le premier dossier» à régler et qu’il espérait y arriver «rapidement». Il a aussi confirmé qu’il n’y aurait pas de taxes douanières sur le secteur automobile européen tant que les États-Unis et l’UE négocieraient.

En Allemagne, où l’on redoute plus que tout les menaces de taxes sur l’automobile, la rencontre est «constructive», résume une porte-parole d’Angela Merkel. «Non seulement la menace des taxes douanières automobiles est écartée, mais nous nous sommes aussi mis d’accord pour travailler ensemble contre les pratiques commerciales injustes et pour une réforme de l’OMC», détaille le ministre allemand des Affaires étrangères, Heiko Maas.

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Mais Bruno Le Maire ne voit pas ces avancées du même œil. «Une guerre commerciale ne ferait que des perdants et il est bien de revenir au dialogue avec les Américains sur les questions commerciales», a approuvé, jeudi, le ministre de l’Économie. Toutefois, il demande des «clarifications» et souligne qu’«une bonne discussion» doit se faire «sans pression». Et il rejette l’idée d’un accord commercial global avec les États-Unis, rappelant «les limites du TTIP», l’accord de libre-échange que Bruxelles et Washington ont échoué à finaliser il y a deux ans.

Bruno Le Maire exige que l’agriculture «reste en dehors du champ des discussions», assurant que «l’Europe ne transigera pas avec ses normes». Il réclame aussi l’accès aux marchés publics outre-Atlantique et «des actes de bonne volonté du côté américain».

«Éliminer les barrières est bénéfique»

Autant d’exigences que Bruxelles ne veut pas entendre. «C’est irréaliste de demander l’ouverture des marchés publics américains et la protection de l’agriculture européenne. Les États-Unis ne veulent pas ouvrir leurs marchés publics. Si on insiste, ils demanderont des concessions sur l’agriculture», oppose ainsi un officiel bruxellois.

Sur ce sujet, les observateurs sont sceptiques. L’Union européenne va réaliser «de façon quasi immédiate, d’importants achats desoja», a twitté mercredi Donald Trump. Il venait d’annoncer un plan d’urgence de 12 milliards pour compenser les pertes de revenus des agriculteurs américains affectés par la bataille des barrières tarifaires entre les États-Unis et la Chine. Mais les importations européennes de soja américain (dont 94 % de la production est génétiquement modifiée) varieront peu avec cet accord, pronostique un expert.

Du côté des chefs d’entreprise européens, la satisfaction prévaut. «Éliminer les barrières est bénéfique» pour tous, des deux côtés de l’Atlantique, juge Pierre Gattaz, qui préside l’organisation patronale européenne BusinessEurope. Et le secteur automobile a bondi en Bourse. Ce qui n’empêche pas les industriels allemands de demander «des actes après les mots». Une inquiétude légitime alors que Donald Trump a réclamé, jeudi, à ses services une étude sur un éventuel relèvement des droits de douane sur les importations de voitures.


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Armelle Bohineust  Journaliste

Source : Paris se méfie du projet d’accord commercial évoqué par Trump et Juncker

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