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La Mer Rouge est-elle Devenue Stratégique ?

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La Mer Rouge est-elle Devenue Stratégique ?

La Mer Rouge est-elle Devenue Stratégique ?

Par Albert Soued, écrivain http://symbole.chez.com  pour www.nuitdorient.com

4/03/18

Dans les échanges commerciaux avec l’Europe, avec l’émergence économique de l’Inde et la Chine, la mer Rouge est de plus en plus incontournable. Le canal de Suez a été élargi. On parle d’une liaison ferroviaire israélienne entre le golfe d’Aqaba (port d’Eilat) et la mer Méditerranée (port d’Ashdod). On parle aussi d’une nouvelle cité saoudienne d’avant-garde, libre de la sharia’h, à quelques encablures d’Eilat, appelée « Nyome » ou « New York on the Middle East », suivie d’une nouvelle « Côte d’azur » sur les rivages arabiques face au Sinaï égyptien.

A côté de ces projets qui font rêver, nous assistons à l’installation concrète de bases militaires étrangères sur la Corne de l’Afrique. Ces bases sont la manifestation d’ambitions, et de volonté d’influence et d’hégémonie, dans un monde complexe et multipolaire. « C’est là où l’Europe rencontre l’Afrique, et là où l’Afrique rencontre le Moyen et l’Extrême Orient », a expliqué Comfort Ero, directrice du programme Afrique pour l’International Crisis Group (ICG).

Or pendant longtemps, quelques bases occidentales de la Corne de l’Afrique avaient pour seul but de lutter contre la piraterie et assuraient la stabilité de la route maritime reliant l’Asie à l’Europe au détroit de Bab el Mandeb.

Djibouti

C’est le cas de la base française à Djibouti, dont l’effectif n’a cessé de diminuer depuis l’indépendance. Mais aujourd’hui Djibouti gagne beaucoup d’argent en accueillant les unités militaires de sept pays – les Etats-Unis (Camp Lemonnier), la Chine (Obock), l’Italie, la France, l’Allemagne, le Japon, l’Espagne et bientôt l’Arabie saoudite.

La Chine a beaucoup investi en Ethiopie et la base militaire de Djibouti sécurise ses investissements. De plus Djibouti est devenue une porte d’entrée privilégiée, « un point stratégique sur la nouvelle route de la soie ». Le Japon a installé depuis 2011, un contingent de 180 soldats qui occupe un site d’une superficie de 12 hectares, à côté de Camp Lemonnier, pour contrer l’influence chinoise.

L’Arabie Saoudite est à la tête d’une coalition qui lutte contre les rebelles houthis au Yémen, de l’autre côté du détroit de Bab-el-Mandeb. Après s’être disputée avec Djibouti, Riyad a signé un accord pour la construction d’une nouvelle base.

La base américaine du Camp Lemonnier, sur un site de 200 hectares, héberge un corps expéditionnaire composé de 3 200 soldats et personnels civils, à proximité de l’aéroport international. Le Camp, qui accueille la Force opérationnelle interarmées multinationale du Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique dans la Corne de l’Afrique, est la seule base militaire permanente des Etats-Unis sur le continent.

Erythrée

En 2015, les Emirats Arabes Unis (EAU) ont lancé le développement du port en eau profonde d’Assab, et sa piste de 3 500 mètres de long, capable d’accueillir de grands avions de transport. Assab constitue le principal centre logistique des EAU pour toutes leurs opérations au Yémen, y compris le blocus maritime des ports de Mokha et Hodeida, situés sur la mer Rouge. En retour, le gouvernement érythréen, isolé, a reçu des aides financières et à l’infrastructure qui lui permettent de narguer l’Ethiopie.

Somaliland

Une deuxième base des EAU devrait voir le jour au Somaliland après la signature d’un contrat de concession de 25 ans. Ce dernier pays, indépendant de la Somalie, qui n’est pas reconnu par la communauté internationale, voit dans l’implantation de cette base militaire à Berbera , un premier pas vers la reconnaissance officielle. Les diplomates arabes ont traité directement avec le Somaliland et non la Somalie. Pour les Émirats, il s’agit de conforter leur position dans cette région grâce à l’installation d’une base navale. Au terme de ces 25 ans de concession, la base devrait revenir à l’autorité du Somaliland.

Les Émirats ont promis de développer l’infrastructures, notamment le port de Berbera. Cet accord laisserait penser à une alliance entre le Somaliland et les Émirats « contre » Djibouti.

Mogadiscio

La Turquie s’installe aussi dans la Corne de l’Afrique. Ce pays a signé une convention avec la Somalie pour installer une base militaire d’une capacité de 1500 soldats à Mogadiscio. L’objectif déclaré est de « créer une armée somalienne mieux aguerrie pour combattre les membres du groupe islamiste Shebab et d’autres milices qui opèrent dans la région ».

Par ailleurs on parle de la présence prochaine de troupes égyptiennes dans la région, non pas dans une base, mais simplement la possibilité pour l’Égypte d’utiliser les bases existantes appartenant aux Émirats. La présence égyptienne marquerait une tension nouvelle entre l’Éthiopie et l’Égypte, dont les relations  – historiques et récentes liées à la création d’un barrage éthiopien sur le Nil Bleu – sont déjà tendues.

Des commandos américains opèrenten Somalie depuis les sites de Kismayo et Baledogle.

Soudan

La tension diplomatique persiste entre le Soudan et l’Egypte. L’une des raisons de cette nouvelle tension, est le rapprochement récent entre Khartoum et Ankara. Le Soudan, qui a perdu plus de la moitié de ses revenus pétroliers avec l’indépendance du Soudan du Sud a concédé la gestion de l’île de Suakin à la Turquie contre des promesses d’investissements, de reconstruction et de coopération militaire. La Turquie installera dans cette île une base militaire.

Concédée à la Turquie pour 99 ans, l’île de Suakin, située au nord-est du pays, ne fait que 70 km², mais son port est l’un des plus anciens d’Afrique. Sa position en mer Rouge est stratégique, car cette voie maritime est la deuxième la plus importante au monde.

Pour aider l’économie soudanaise, Ankara a acheté toute la production de coton en 2016/7 et a l’intention d’augmenter les échanges bilatéraux. Un comité exécutif a été récemment formé pour l’application de nombreux accords dans le domaine agricole et militaire.

En plus de la tension suscitée par l’île de Suakin, qui s’ajoute à un  litige frontalier, objet de discorde depuis 1958, le Caire ne voit pas d’un bon œil le rapprochement soudanais avec la Turquie. Ankara, qui a soutenu les frères musulmans en Egypte, ne cesse de critiquer la politique du Caire qui en fait de même.

D’ailleurs, la nouvelle présence turque en mer Rouge pose problème aussi au royaume saoudien. Suakin est à la frontière ouest de l’Arabie. La Turquie possède également une grande base militaire au Qatar, ce qui accentue les différends avec l’axe Riyad, le Caire et Abou Dhabi. De plus, Erdogan a annoncé que les pèlerins en provenance  de Turquie, allant en pélerinage à la Mecque, visiteraient d’abord l’île avant de passer à Jeddah en Arabie Saoudite par bateau…

Egypte

Ce pays a cédé à l’Arabie l’île de Tiran au sud du Golfe d’Aqaba. Cette cession contre une forte aide financière, permettra à l’Arabie de relier son pays au Sinaï par un pont.

Carte-des-installations-militaires-CA/

L’île de Suakin est au centre d’une grande rade intérieure qui mène à la Mer Rouge, face à Jeddah. (voir le haut de la carte à gauche)

 

suakin soudan

 

suakin soudan.jpg

 

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