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«Big Business» N°17 : la faute Fessenheim

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Bertille Bayart Le Figaro
Bertille Bayart Le Figaro

La fermeture de la centrale nucléaire alsacienne laisse un sentiment de gueule de bois et beaucoup de questions ouvertes sur la stratégie énergétique de la France.

C’est fait. Près de neuf ans après l’accord entre le Parti socialiste et les Verts scellé en novembre 2011 par Martine Aubry et Cécile Duflot, la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, intégrée à l’époque au programme du candidat François Hollande, est devenue une réalité ce 30 juin.

C’est un moment étrange. Le temps ayant passé, plus personne ne semble se souvenir des raisons pour lesquelles cette fermeture a été à un moment jugée nécessaire. L’exécutif est très peu convaincant. Dans son dossier de presse, le ministère de la Transition écologique avance pour premier argument le fait que Fessenheim est «la plus ancienne centrale» de France – ce qui n’est pas en soi un problème dès lors que l’Autorité de sûreté nucléaire la considère bonne pour le service – et pour deuxième raison le fait que c’était un engagement de campagne d’Emmanuel Macron.

Avec la fermeture de la centrale de Fessenheim, la France vient d'accepter un incroyable gâchis.
Avec la fermeture de la centrale de Fessenheim, la France vient d’accepter un incroyable gâchis. SEBASTIEN BOZON / AFP

C’est peu pour étayer une décision aussi lourde. Paradoxalement, c’est maintenant que les deux réacteurs alsaciens ont été arrêtés que les arguments contraires ont semblé plus audibles. C’est maintenant qu’il est trop tard que beaucoup, me semble-t-il, réalisent que la France vient d’accepter un incroyable gâchis.

Gâchis écologique, d’abord. Par quel raisonnement a-t-on décidé de fermer un outil de production d’électricité non carbonée à l’heure de l’urgence climatique ? C’est une aberration, qui risque objectivement d’aggraver notre bilan carbone en augmentant, au moins ponctuellement, nos importations de courant.

Gâchis économique ensuite, et à double titre. Un, l’arrêt d’un site avant terme représente une destruction de valeur dont je ne savais pas que la France pouvait se la permettre. Deux, aucun projet majeur n’a à ce stade été trouvé pour prendre le relais de la centrale EDF sur le territoire du Haut-Rhin. Et c’est manquer de respect aux Alsaciens concernés que d’affirmer comme l’a fait Ségolène Royal que Tesla aurait pu s’y installer.

Aucun projet majeur n'a à ce stade été trouvé pour prendre le relais de la centrale EDF sur le territoire du Haut-Rhin.
Aucun projet majeur n’a à ce stade été trouvé pour prendre le relais de la centrale EDF sur le territoire du Haut-Rhin. Capture d’écran Twitter

Faut-il le rappeler ? Il n’y a eu à l’époque ni décret – le Conseil d’État l’a annulé – ni projet…

Au final, la fermeture de la centrale de Fessenheim est un symbole, mais pas celui que l’on croit. Elle est l’exact contraire de l’objectif de réindustralisation, en particulier en région, et de souveraineté qui est brandi comme une priorité par l’exécutif.

Quel avenir pour le nucléaire?

Et maintenant ? Maintenant que l’écologie politique a «prélevé sa livre de chair» sur le nucléaire français écrivais-je dans ma chronique, quel sera l’avenir de l’atome civil ? D’un côté, le vent tourne. L’argument «carbone» du nucléaire devient de plus en plus fort dans le débat public. Paradoxalement, c’est peut-être hors de France qu’il gagne en force. Mike Shellenberg, l’activiste écologiste converti au nucléaire, se fait entendre. Une autre conversion a fait du bruit sur les réseaux, celle d’une militante britannique du mouvement radical Extinction Rebellion, Zion Lights, passée dans le camp du lobby nucléaire. Le nucléaire comme alternative disponible au charbon et au gaz, c’est aussi la conviction de Rebecca Henderson, professeur à Harvard et ancienne du MIT, qui planche sur la responsabilité sociale et environnementale des entreprises. Écoutez-la, dans l’épisode du 8 juin du podcast «econtalk» qui voit défiler nombre de grands économistes.

D’un autre côté, le nucléaire français a beaucoup contribué à sa propre décrédibilisation. Ce jeudi, la Cour des comptes publiera un rapport sur la filière EPR. Sans trop s’avancer, on peut s’attendre à un texte «au vitriol» selon l’expression consacrée. Du chantier finlandais d’Olkiluoto piloté par Areva à celui de Flamanville d’EDF, l’EPR, le réacteur de troisième génération qui accumule délais et surcoûts, est du pain bénit pour les antinucléaires.

Le débat va s’intensifier. EDF plaide pour la construction de six nouvelles paires d’EPR en France, pour remplacer à terme le parc actuel. Les chances de voir la décision prise pendant ce quinquennat s’amenuisent chaque jour(surtout avec Barbara Pompili au ministère de l’Écologie). Le sujet sera donc de nouveau un sujet de la prochaine campagne présidentielle. Les écologistes l’estiment déjà tranché. «La question est dépassée», a dit Eric Piolle, le maire de Grenoble et l’une des figures de la «vague verte», «le débat a été tranché» avec la loi de 2015, a-t-il expliqué au Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

L’Académie des sciences vient également d’apporter sa contribution au débat en publiant un avis sur le «contresens» qu’a été la fermeture de Fessenheim et en appuyant le lancement rapide d’un programme de construction de nouveaux réacteurs.

Cette semaine, il fallait lire aussi

Puisque je parlais d’Eric Piolle, lisez la double page publiée dans nos colonnes mardi concernant la bataille de la 5G, cette technologie sur le dos de laquelle certains écologistes ont fait leur campagne aux municipales et dont le maire de Grenoble dit, en reconnaissant lui-même la caricature, qu’elle servira d’abord «à regarder du porno en HD dans l’ascenseur». La petite phrase a fait du bruit…

Trading en ligne, suite. Je vous ai parlé ces deux dernières semaines du phénomène Robinhood, cette plateforme destinée aux opérations de Bourse pour les particuliers. Cette mode vient de faire une victime, un jeune homme de 20 ans qui s’est suicidé pendant le confinement, pensant à tort avoir perdu plus de 700.000 dollars. Un récit à lire dans le Financial Times .

Cette interview de Philippe Manière, l’ancien journaliste aujourd’hui à la tête d’une société de conseil et dont la plume libérale est aussi alerte que la verve.

À la semaine prochaine,

Source:© «Big Business» N°17 : la faute Fessenheim

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