Agression d'un enfant juif : à Sarcelles, le malaise croissant de la «petite Jérusalem»

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Agression d'un enfant juif : à Sarcelles, le malaise croissant de la «petite Jérusalem»

L’agression d’un jeune garçon de 8 ans en pleine rue, lundi soir, a provoqué l’indignation générale et a réveillé les inquiétudes de la communauté juive de Sarcelles, déjà durement touchée par une émeute antisémite en 2014.

«Quand j’étais petit il y avait des musulmans, des juifs, des chrétiens, des Noirs et des Blancs…. C’était juste des copains.» À Sarcelles (Val-d’Oise), cet immense tag s’affiche fièrement à deux pas de plusieurs édifices religieux, et à trois pas d’un collège dont la devanture s’orne d’un fringant: «Liberté, Égalité, Fraternité, Laïcité.» Pourtant, à dix minutes de marche d’ici, il y a deux jours, un enfant a été agressé à cause de sa religion.

© Aude Bariéty
© Aude Bariéty – Crédits photo : Aude Bariéty

Lundi soir, 18h30. Un jeune garçon de 8 ans sort de chez lui pour se rendre à un cours de soutien scolaire. Porteur de symboles juifs clairement identifiables – kippa et tsitsit – il parcourt quelques mètres avenue du 8-Mai-1945 avant de tomber sur deux jeunes garçons d’une quinzaine d’années. Ces derniers le font tomber à terre puis le rouent de coups de pied. Le parquet de Pontoise ouvre une enquête et retient le mobile antisémite.

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La «petite Jérusalem»

La nouvelle se répand parmi la communauté juive de Sarcelles, l’une des plus importantes de France – entre 10.000 et 15.000 personnes selon les sources interrogées. Dans cette ville du Val-d’Oise, le rectangle composé des avenues du 8-Mai-1945 et Paul-Valéry, ainsi que des boulevards Albert-Camus et Édouard-Branly, est même surnommé la «petite Jérusalem».

De nombreux commerces tenus par des membres de la communauté juive – librairie hébraïque, boucheries casher, pharmacie, pâtisserie et même restaurant chinois – entourent la synagogue. Un peu plus loin se dresse une stèle en la mémoire de Yoan Cohen, une des victimes de l’HyperCacher, et une place s’appelle désormais place Sandler-et-Monsonego, du nom des victimes de la tuerie de Toulouse en 2012.

 

Agression d'un enfant juif : à Sarcelles, le malaise croissant de la «petite Jérusalem»
Sarcelles honore la mémoire des victimes juives des attentats de Vincennes et de Toulouse. © Aude Bariéty – Crédits photo : Aude Bariéty
 

Une émeute anti-juifs en 2014

L’agression du jeune garçon fait douloureusement écho aux événements de 2014. Le 20 juillet de cette année-là, une manifestation pro-palestinienne interdite dégénère en émeute anti-juive. «Ils ont voulu brûler la synagogue, mais ils n’ont pas pu, alors ils ont brûlé des boutiques. C’était un jour terrible, qui a créé une grande cassure», se souvient Moïse Kahloun, président de la communauté juive de Sarcelles.

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Il y a trois semaines, une lycéenne juive a elle aussi été agressée dans la rue. Le mobile antisémite n’a pas été retenu, mais pour la plupart des membres de la communauté, il s’agit bien d’un acte anti-juif. «J’en suis convaincu. Il ne faut pas avoir peur de mettre des mots sur les actes. Elle sortait d’un lycée juif, portait des vêtements connus dans le quartier», insiste Moïse Kalhoun.

«On ne se sent plus en sécurité ici»

Résultat: un malaise croissant gagne les habitués de la «petite Jérusalem». «Je suis choqué, mais plus tellement étonné, malheureusement. Depuis une quinzaine d’années, petit à petit, le climat se dégrade», glisse Eddie, travailleur social de 41 ans. «Sarcelles, c’était magnifique. Mais aujourd’hui, ce n’est plus le Sarcelles d’avant», soupire Marlène, 75 ans dont 41 passés dans le Val-d’Oise. «C’est plus le même bonheur. La France, c’est le plus beau pays du monde, mais il faut que les autorités se réveillent vite!» s’enflamme Serge*, 50 ans.

Certains songent même à quitter la ville et s’installer en Israël. «Tout le monde part», affirme Marlène. «De plus en plus de gens ont l’alyah dans un coin de leur tête. On commence à réfléchir, on ne se sent plus en sécurité ici», confirme Michaël, patron d’une boucherie casher. «Je n’ai pas peur d’une vague de départs pour l’instant», tempère Moïse Kalhoun. «Mais si les agressions continuent, la question commencera à se poser…»

Sarcelles, «laboratoire» du vivre ensemble

«Paradoxalement, à Sarcelles – où je me rends régulièrement – , le climat est formidable», témoigne Haïm Korsia, le grand rabbin de France. «En grande partie grâce à l’engagement des maires successifs – François Pupponi, Nicolas Maccioni -, c’est un lieu où règne le respect de chacun dans ce qu’il est. Ce qui rend la situation encore plus terrible: cette ville est un laboratoire du vivre ensemble qui marche!»

Ce terme de «laboratoire», le maire Nicolas Maccioni l’utilise lui aussi. «Cela fait de nous une cible pour ceux qui sont les ennemis des valeurs de notre République.» Conscient du «sentiment d’inquiétude indéniable des Sarcellois de confession juive», l’édile entend «réagir avec fermeté» tout en se portant «garant de ce bon vivre ensemble qui a caractérisé et caractérise encore aujourd’hui notre ville.»

«C’est toute la République qu’on agresse»

Après l’agression, la réponse des autorités a été immédiate. En témoignent les très nombreuses patrouilles de police qui circulent dans le «quartier juif». Les habitants ont également apprécié la réaction du président Emmanuel Macron, qui a estimé, ce mercredi matin, qu’«à chaque fois qu’un citoyen est agressé en raison de son âge, de son apparence ou de sa confession, c’est toute la République qu’on agresse».

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«L’essentiel, c’est que la communauté juive puisse continuer à vivre normalement», espère Joël Mergui, président du Consistoire central israélite de France. Et pour cela, «il faut bâtir un plan pour combattre l’antisémitisme», souligne René Taïeb, président de l’Union des collectivités juives du Val-d’Oise. Le premier ministre Édouard Philippe a d’ailleurs annoncé qu’il présenterait, dans quelques semaines, un nouveau plan interministériel à ce sujet. «Il faut innover!» conclut René Taïeb.

*Le prénom a été changé


 

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