A Angoulême, Jean Castex veut donner aux salles de cinéma « les moyens de survivre »

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A Angoulême, Jean Castex veut donner aux salles de cinéma « les moyens de survivre »

Le premier ministre s’est invité à la cérémonie d’ouverture du Festival du film francophone, vendredi 28 août, afin de rassurer une profession fragilisée.

Qui aurait cru, il y a encore quelques jours, que Jean Castex serait accueilli comme l’ami du cinéma au Festival du film francophone d’Angoulême (FFA), dont la 13édition a lieu depuis le vendredi 28 août et jusqu’au mercredi 2 septembre ? Le premier ministre s’est invité à la cérémonie d’ouverture qui s’annonçait militante et « à gauche toutes », vendredi, avec la projection d’Effacer l’historique, hommage burlesque au combat contre les GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) du tandem Gustave Kervern-Benoît Delépine. Assise dans les premiers rangs du théâtre d’Angoulême – non loin de la ministre de la culture, Roselyne Bachelot, et de la maire de Paris, Anne Hidalgo –, Corinne Masiero, actrice principale du film avec Blanche Gardin et Denis Podalydès, arborait un gilet jaune (en coton), mais aucun incident diplomatique n’a été déploré…

Chute de la fréquentation en salles

Le premier ministre ne pouvait rater la « rentrée » du cinéma français, alors que la profession se trouve enfin réunie après six mois de crise sanitaire, et l’annulation « physique », au mois de mai, du Festival de Cannes. Symboliquement, les fondateurs et patrons du FFA, l’agent des stars Dominique Besnehard et Marie-France Brière, ont obtenu de la préfecture d’ouvrir la manifestation fin août, avant la tenue du Festival du cinéma américain de Deauville, du 4 au 13 septembre. Il est bientôt 19 heures, dans le théâtre d’Angoulême, vendredi, quand un monsieur portant képi et uniforme militaire vient déposer très officiellement le discours du « PM » sur le pupitre.

Deux jours après l’annonce, sur France Inter, des 2 milliards d’euros en soutien à la culture (sur les 100 milliards du plan de relance), le chef du gouvernement était attendu pour dévoiler ses mesures en vue de « réarmer » le septième art, et tout particulièrement le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Si la reprise des tournages est un bon signe, avec 220 productions cinématographiques ou audiovisuelles recensées depuis le 11 mai, indique-t-on au CNC, la situation des 6 000 salles, dont la plupart ont rouvert depuis le 22 juin, est préoccupante : la fréquentation est en chute d’environ 70 % par rapport à l’été 2019, et le manque à gagner de la billetterie s’élève désormais à 500 millions d’euros.

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Jean Castex a prononcé un discours aux tonalités prévisibles, célébrant la culture en tant que moyen de préserver le lien social et de générer des retombées économiques. « Il faut que les salles trouvent les moyens de survivre », a-t-il déclaré, en soulignant que la moitié des 6 000 écrans sur le territoire sont répartis dans des villes de moins de 10 000 habitants. « Le cinéma, c’est d’abord le grand écran », a ajouté l’ancien maire de Prades (Pyrénées-Orientales), rappelant qu’il s’était battu, par le passé, pour sauver la salle de sa commune.

Un « réarmement » du CNC

Jean Castex a annoncé un « réarmement » du CNC à hauteur de 165 millions d’euros : 60 millions d’euros viseront à combler le « trou » en recettes fiscales du CNC, tandis que les 105 millions restants serviront à soutenir la profession, producteurs, distributeurs, exploitants… L’une des revendications-phares de la puissante Fédération nationale des cinémas français, laquelle regroupe la totalité des établissements cinématographiques, est de pouvoir puiser dans le compte de soutien afin d’assurer le fonctionnement des cinémas, soit payer les salaires, les charges, etc. Actuellement, ce fonds de soutien ne peut être actionné que pour des projets d’investissement (construction d’une nouvelle salle…). Les exploitants seront par ailleurs éligibles au mécanisme de compensation annoncé le 26 août pour l’ensemble de la culture, doté d’une enveloppe de 100 millions d’euros, et visant à accompagner la reprise des activités (spectacles, réouverture des salles) dans les quatre mois à venir, de septembre à décembre 2020.

Dans l’entourage du premier ministre, on admet que ce dispositif ne permettra pas de compenser à l’euro près les pertes de chaque établissement

Les professionnels de chaque secteur, du spectacle vivant au cinéma, seront appelés à se concerter pour mettre en place concrètement ce mécanisme de compensation, dont les contours restent encore flous. A cette fin, Jean Castex a demandé au CNC, présidé par Dominique Boutonnat, de réunir « sans délai » les professionnels du cinéma. Dans l’entourage du premier ministre, on admet que ce dispositif ne permettra pas de compenser à l’euro près les pertes de chaque établissement. D’autres mesures telles que la prolongation du chômage partiel sont de nature, plaide-t-on au CNC, à aider la profession.

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A plus long terme, Jean Castex a confirmé sa détermination à préserver la « souveraineté culturelle » de la France et à faire participer les plates-formes numériques au financement du cinéma, grâce à la transposition de la directive européenne dite « SMA » (services de médias audiovisuels) d’ici au 31 décembre 2020. Delépine et Kervern, qui par ailleurs coprésident le jury de la compétition à Angoulême, ont apprécié le geste, soulignant avec humour que ce combat allait dans le sens de leur film. Tout le monde affichait sa bonne humeur.

A Angoulême, la fête continue

S’il y a une ville en France dont les salles de cinéma seront bien remplies dans les jours qui viennent – tout en respectant les consignes de distanciation physique et le port du masque –, c’est Angoulême. Plus de 20 000 places ont été réservées sur le site du festival, et même si le « festival masqué » a réduit les jauges et renoncé à certains événements (concerts, cocktails…), la fête continue. De nombreuses stars sont attendues, et d’ailleurs beaucoup d’actrices, d’Isabelle Huppert, qui vient présenter en avant-première La Daronne, de Jean-Paul Salomé, à Karin Viard, qui tient le rôle principal avec Benjamin Biolay dans Les Apparences, de Marc Fitoussi. Sans oublier Vincent Dedienne, présent dans pas moins de quatre films à Angoulême. Le FFA abrite aussi quatre films labellisés par la Semaine de la critique cannoise, que le délégué général, Charles Tesson, est venu présenter sur la scène du théâtre vendredi soir. Mais les extraits de films n’ont pu être projetés, car la cérémonie d’ouverture a été retaillée pour accueillir le premier ministre.

Dominique Besnehard mesure l’enjeu que représente cette édition si particulière. « Pendant tout le confinement, je n’ai pas souhaité visionner de films en vue de la compétition à Angoulême. Puis, quand on a vu qu’il semblait possible d’organiser le festival, on a visionné cinquante films au mois de juin, avec Marie-France Brière. Certes, il n’y aura pas d’after dans les chais, avec pinot et champagne gratuit, mais on n’a jamais reçu autant de professionnels que cette année. Nous avons une responsabilité démoniaque », déclare au Monde le codirecteur du FFA et producteur de la série Dix pour cent (France 2), dont les deux premiers épisodes de la nouvelle saison seront présentés mercredi.

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