Tronquant allégrement un ancien billet de Marlène Schiappa, nouvelle secrétaire d’Etat chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes, opposé à la stigmatisation des mères voilées accompagnant les enfants durant les sorties scolaires, Alain Finkielkraut s’est lâché le 21 mai sur les ondes de RCJ, face à la très compréhensive Elisabeth Lévy, du magazine Causeur. L’intellectuel médiatique, lisant péniblement ses notes, a accusé l’élue locale du Mans (Sarthe) de vouloir favoriser la présence du voile à l’école au nom de la loi de 1905. Et de se fendre d’un réquisitoire formel contre une autre position de Marlène Schiappa, qui s’en serait pris «avec une violence inouïe au sexisme, à la misogynie de la religion catholique et accessoirement de la religion juive, les Loubavitchs, en l’occurrence, sans un mot, évidemment, sur l’islam». Sous-entendu à peine voilé que la secrétaire d’Etat serait viscéralement inféodée aux courants islamiques, voire islamistes.

Dans un courrier que s’est procuré Libération, Marlène Schiappa répond à titre personnel (même si le courrier est à en-tête de son nouveau ministère) au philosophe. «Quel honneur vous me faites !» introduit-elle, avant de préciser «sans malice» qu’elle l’avait toujours considéré positivement comme «un chroniqueur de télévision». «Mais certains de mes amis pensent que vous êtes philosophe», ironise Marlène Schiappa. «Cela m’honore et me déçoit en même temps. Voyez-vous, même si je combats l’immense majorité de vos idées, je tenais en respect […] votre fonction de grand philosophe, d’Académicien», affirme-t-elle. «Je pensais que vous fondiez vos réflexions sur des éléments tangibles, des sources contradictoires, des mises en perspective, et une analyse longue.»

La nouvelle secrétaire d’Etat, qui se dit «membre depuis des années de la plus vieille association laïque de France», regrette que Finkielkraut n’ait pris le temps de lui adresser «une question» et l’invite à se tourner désormais vers Google pour éviter de verser dans «la société du spectacle» qui critique «sans mesure des positions imaginaires d’une féministe progressiste». Et de proposer, à l’occasion d’un improbable happy hour : «Si un jour, l’homme de valeurs que l’on me dit que vous êtes s’intéresse à la réalité de ma pensée philosophique, il sait désormais où m’interroger.» Sollicitée par Libération, Marlène Schiappa ne souhaite «rien ajouter aux termes de sa missive» dont elle confirme l’authenticité.

Mourad Guichard Orléans, de notre correspondant