Juppé-Wauquiez : deux visions irréconciliables de l’Europe » C.J.F.A.I  
Quantcast

Juppé-Wauquiez : deux visions irréconciliables de l'Europe

Home»A LA UNE»Juppé-Wauquiez : deux visions irréconciliables de l’Europe
image_pdfimage_print

Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne-Rhône-Alpes et Alain Juppé maire de Bordeaux

LE SCAN POLITIQUE – La proximité affichée par Alain Juppé avec la politique pro-européenne portée par Emmanuel Macron tranche avec les positions eurosceptiques développées par le candidat à la présidence des Républicains.

Les positions sur l’Europe, nouvelle ligne de fracture à droite? C’est ce qui semble se profiler à deux ans des prochaines européennes tant les visions sur l’avenir de l’Union semblent divergentes au sein des Républicains. Ce vendredi, Alain Juppé s’est dit en phase avec le discours d’Emmanuel Macron sur l’Europe, livré à la Sorbonne en septembre dernier. Cette proximité contraste avec les nettes distances prises par Laurent Wauquiez sur le sujet. Le favori de la course à la présidence de LR assume des positions eurosceptiques, un virage amorcé à partir de 2014 dans son livre Europe: il faut tout changer paru aux éditions Odile Jacob. Retour sur les lignes de divergences qui divisent ces deux droites.

● La proximité avec la vision macroniste de l’Europe

Le premier et plus évident point de divergences entre les lignes Wauquiez et Juppé sur l’Europe reste le rapport aux positions portées par la majorité. Emmanuel Macron met en œuvre la plupart des positions européennes sur lesquelles Alain Juppé avait insisté lors de la primaire de la droite. Le maire de Bordeaux ne voit logiquement pas «d’incompatibilité» entre sa vision et celle du président. Adversaire intransigeant du macronisme, à l’heure où une partie de la droite se dit sensible à l’aventure des «Constructifs», Laurent Wauquiez a pris des positions inverses, dimanche, sur France 3. «Nous ne partageons pas la même vision de l’Union Européenne que Macron». Parmi les divergences avancées, la perspective ouverte par Macron de voir l’Europe s’étendre aux Balkans: «l’élargissement a tué l’Europe», tranche Wauquiez.

● L’avancée vers une Europe fédérale

«Je défends le schéma d’une confédération d’États-nations. Aujourd’hui, on assiste à la faillite du fédéralisme européen», affirmait Laurent Wauquiez dans les colonnes de Libération en juin 2016. À l’inverse, Alain Juppé est l’un des rares responsables politiques de droite à soutenir l’idée d’un fédéralisme, malgré l’échec du référendum de 2005 et la mauvaise presse des questions européennes dans l’opinion publique. Sur France 2, en septembre 2011, le maire de Bordeaux s’est par exemple prononcé en faveur d’une «véritable fédération européenne». En 2016, il a cependant convenu qu’il fallait dire «stop» à l’élargissement de l’UE, au sujet de la Turquie notamment.

● Les enseignements du Brexit

Au sujet du Brexit de juin 2016, Wauquiez et Juppé s’accordent sur un point: le même scrutin organisé en France donnerait le même résultat. Mais leurs réactions à ce séisme sont différentes. Le maire de Bordeaux souhaite relancer «le moteur» franco-allemand et redynamiser le projet européen sur des nouvelles convergences «pour l’innovation, pour l’investissement et pour la croissance». Laurent Wauquiez fait un tout autre diagnostic: «L’Europe mécontente les peuples. Tout le monde le sait. Mais la classe politique actuelle, avec sa profonde médiocrité, n’a rien fait pour que ça change. Après le Brexit, on ne peut plus se cacher et nier cette réalité: l’Europe ne marche plus. Il est temps de mettre un bon coup de pied dans la fourmilière. Après le Brexit, on ne va plus pouvoir faire semblant de croire que tous les pays européens veulent la même chose».

● Le périmètre de l’Union

Laurent Wauquiez voudrait démanteler l’Union à 28 pays et revenir à un noyau dur de pays fondateurs. «On a fait semblant de croire qu’on était du même avis et que l’on pouvait avancer», accuse-t-il en juin 2016. Deux ans plus tôt, dans son livre Europe: il faut tout changer, Laurent Wauquiez évoquait même une Europe des six. «Impensable», avait alors tranché Alain Juppé, dans un entretien au Monde . «En revanche, je suis favorable à une Europe à deux vitesses: la zone euro, qui doit être le noyau dur et dans laquelle il faut encore plus d’intégration, notamment une plus grande harmonisation fiscale, et une Europe des vingt-huit plus souple», avait encore expliqué l’ancien premier ministre.

● La survie de Schengen

Autre point de divergence notable entre les deux hommes, l’avenir de l’espace Schengen. En février 2016 depuis Bruxelles, Juppé constate que «Schengen, dans son état actuel, est un échec», mais il plaide pour le renforcement du dispositif de contrôle aux frontières extérieures de l’Europe, pour sauver l’espace de circulation. «Si nous n’y parvenons pas, nous nous condamnons à la régression historique que constitue le rétablissement des contrôles aux frontières internes», avait prévenu l’ancien ministre des Affaires étrangères, avant de souligner: «Comment imaginer qu’après 60 ans de construction européenne on voie réapparaître des contrôles aux frontières entre la France et l’Allemagne, par exemple». Laurent Wauquiez, lui, n’est pas du tout de cet avis, et souhaite purement et simplement «sortir de Schengen tout de suite», et le démantèlement du dispositif.

● Le rôle de la Commission européenne

Juncker et Juppé en février 2016
Juncker et Juppé en février 2016 – Crédits photo : THIERRY CHARLIER/AFP

 

Enfin, dans l’idée de réformer le projet européen de pied en cap, Laurent Wauquiez soutient, en juin 2016 sur BFM, qu’il «faut supprimer la Commission européenne, parce qu’on ne peut plus laisser l’initiative législative à une structure administrative». Là encore, la position d’Alain Juppé est différente. Ses positions ont régulièrement été qualifiée de «Junckeriennes», du nom du président de la Commission européenne, tant elles sont proches de la feuille de route assumée par le Luxembourgeois. Juppé plaide, au contraire de Laurent Wauquiez, pour un renforcement des pouvoirs et prérogatives de la Commission et une clarification de ses mandats et missions, une position notamment développée au moment des débats sur le traité transatlantique (Tafta).


 


Source :© Le Figaro Premium – Juppé-Wauquiez : deux visions irréconciliables de l’Europe

Leave a Reply

Your email address will not be published.

X