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Retour sur l'affaire Georges Bensoussan : le procès du réel

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Georges Bensoussan, historien et auteur en 2002 des Territoires perdus de la République.

FIGAROVOX/LECTURE -Alexandre Devecchio a lu Autopsie d’un déni d’antisémitisme (L’Artilleur). Un document précieux qui rassemble des textes d’historiens, de journalistes et d’intellectuels qui ont suivi les débats ou témoigné au procès de Georges Bensoussan, accusé d’islamophobie.

«En France, un antisémitisme du quotidien», c’était le titre du journal Le Monde le jour du verdict du procès Merah et au lendemain de la nouvelle profanation de la stèle d’Ilan Halimi à Bagneux. Une formule vague qui exprime la gêne du journal à dire ce qui reste un tabou. La montée en puissance d’un antisémitisme arabo-musulman en France sur fond d’antennes paraboliques et d’islamisation des banlieues. Un antisémitisme qui a provoqué l’exode massif des juifs de certains quartiers et la désertion des enfants juifs des écoles publiques de Seine-Saint-Denis. Un antisémitisme qui peut même se révéler meurtrier comme ce fut le cas cette année pour Sarah Halimi, battue puis défenestrée par son voisin aux cris de «Allah Akbar» dans un HLM de Belleville. De ce «nouvel» antisémitisme nous n’ignorons rien depuis la parution des Territoires perdus de la République en 2002, livre dirigé par l’historien Georges Bensoussan qui réunissait les témoignages de nombreux professeurs de banlieue.

Le 25 janvier 2017 s’ouvrait pourtant devant la justice de la République le procès de ce même Georges Bensoussan pour «provocation à la discrimination, la haine, la violence…». Son crime? Avoir dit tout haut dans le feu de l’émission «Répliques» animée par Alain Finkielkraut, cette réalité dérangeante. Il avait lancé (en citant de manière approximative le sociologue d’origine algérienne Smaïn Laacher): «C’est une honte de maintenir ce tabou, à savoir que dans les familles arabes en France, et tout le monde le sait mais personne ne veut le dire, l’antisémitisme on le tète avec le lait de la mère.» Il avait suffi d’un signalement du très controversé Collectif contre l’islamophobie en France (CCIF) pour que le parquet décide de le poursuivre, cinq mois après les faits. Contre toute attente, SOS Racisme, la LDH, le Mrap mais aussi la Licra s’étaient associés aux poursuites.

«Jamais, quand il y a plus de quarante ans j’ai franchi les grilles de ce Palais, je n’aurais imaginé devoir plaider un jour une telle cause»

Michel ­Laval, l’avocat de Georges Bensoussan

Autopsie d’un déni d’antisémitisme (L’Artilleur) rassemble des textes d’historiens, de journalistes et d’intellectuels qui ont suivi les débats ou témoigné au procès ainsi que la plaidoirie de Michel Laval, l’avocat de Georges Bensoussan, et le jugement dans son intégralité. Un document précieux qui sera peut-être étudié en profondeur par les historiens du futur tant ce procès, qui est aussi celui du réel, représente un tournant. Il est emblématique à la fois de la judiciarisation du débat public en France, de la dérive de l’antiracisme militant et des fractures françaises. «Jamais, quand il y a plus de quarante ans j’ai franchi les grilles de ce Palais, je n’aurais imaginé devoir plaider un jour une telle cause, dira Michel Laval devant la présidente de la XVIIe chambre correctionnelle. Jamais, je n’aurais imaginé devoir défendre la liberté d’expression et de pensée contre les forces ténébreuses d’un nouveau fanatisme.»

Outre cette vigoureuse plaidoirie, on retiendra le courageux témoignage de l’écrivain Boualem Sansal. «L’Algérie ne considère pas l’islamophobie comme un délit ou un crime… En Algérie, il n’y a pas, il n’y a jamais eu, et j’espère qu’il en ira de même demain et après-demain, d’affaire Bensoussan.» Ou encore: «Dire que l’antisémitisme fait partie de la culture islamique, c’est simplement répéter ce qui est dit dans le Coran, à la mosquée et sans doute dans beaucoup de familles traditionalistes.»

Autopsie d'un déni d'antisémitisme. Autour du procès fait à Georges Bensoussan, L'Artilleur, 200 p., 17 €.
Autopsie d’un déni d’antisémitisme. Autour du procès fait à Georges Bensoussan, L’Artilleur, 200 p., 17 €. – Crédits photo : L’Artilleur

Les lecteurs ne devront pas non plus passer à côté des articles fondamentaux de Michèle Tribalat et Barbara Lefebvre. Dans «La liberté d’expression en danger», la démographe nous donne un cours de novlangue. Sauf à être un chanteur de rap ou à appartenir à une minorité ethnique ou religieuse, évitez tout ce qui ressemble à une généralisation, une essentialisation, oubliez les métaphores de la langue française, veillez au bon usage des articles. L’article «LES» peut être fatal. Préférez l’article «DES», moins globalisant. Et si votre langue fourche malgré tout, vous êtes prié de vous excuser rapidement et publiquement. Professeur d’histoire, Lefebvre, elle, fait brillamment apparaître les contradictions du nouvel antiracisme.

Cité en défense de Bensoussan, Alain Finkielkraut avait défini avec gravité l’enjeu du procès: «Un antiracisme dévoyé vous enjoint de criminaliser l’inquiétude au lieu de combattre la réalité sur laquelle elle se fonde. Si vous cédez, ce sera une catastrophe intellectuelle et morale.» Les juges de la XVIIe n’ont pas cédé et ont désavoué le parquet, mais la «catastrophe intellectuelle et morale» annoncée a peut-être déjà eu lieu tant il est vrai qu’une forme d’autocensure, sinon de censure, continue de peser sur certains sujets.


Source :©  Le Figaro Premium – Retour sur l’affaire Georges Bensoussan : le procès du réel

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