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Les inquiétudes de Jean-Yves Le Drian

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Jean-Yves Le Drian, le 3 juin à l’Élysée, après une rencontre avec le premier ministre indien Narendra Modi et Emmanuel Macron. – Crédits photo : POOL New/REUTERS

Très sollicité pendant la campagne par Emmanuel Macron, le ministre des Affaires étrangères est plus en retrait depuis quelques mois. En privé, il semble s’interroger sur ce début de quinquennat.

C’est peu dire qu’Emmanuel Macron cajolait Jean-Yves Le Drian pendant la campagne. Le candidat d’En marche! n’avait plus de mots assez doux pour vanter les états de service d’un des rares ministres populaires de François Hollande, dont le ralliement à Emmanuel Macron avait été savamment orchestré. Quelques mois plus tard, les relations ont évolué. Le Breton, désormais à la tête du Quai d’Orsay, ne fait plus l’objet d’autant d’attentions. Comme si une distance s’était installée entre les deux hommes.

Un proche de Jean-Yves Le Drian

«Ce que Jean-Yves a bâti en cinq ans, le président l’a détricoté en cinq jours»[/perfectpullquote]

Soucieux de rompre avec les manières de faire de son prédécesseur, le chef de l’État a répété qu’il voulait imposer un autre type de relation aux armées. Le départ mouvementé du général Pierre de Villiers de son poste de chef de l’état-major des armées (CEMA), en réaction aux 850 millions d’euros de coupe dans le budget de la Défense, aurait froissé Le Drian. À l’hôtel de Brienne, le 13 juillet, celui-ci ne s’est d’ailleurs pas attardé après le discours d’Emmanuel Macron recadrant sévèrement le CEMA. «Le général de Villiers est un grand soldat, d’une grande intégrité et exigence, a sobrement expliqué, par la suite, le ministre des Affaires étrangères dans une interview aux Échos . Je respecte sa décision. Le président, sans modifier son engagement, a tranché, pour cette année, dans un sens différent de celui que souhaitait son chef d’état-major. Celui-ci en a tiré les conséquences.»

Chez ce taiseux, ces mots ont pu être interprétés comme une prise de distance vis-à-vis des décisions élyséennes. «Ce que Jean-Yves a bâti en cinq ans, le président l’a détricoté en cinq jours. Le Drian n’est pas du genre à réagir à chaud, à faire des coups d’éclat», fustige ainsi un proche du ministre des Affaires étrangères, peu connu pour ses emportements. «Mais il ne faudrait pas qu’un deuxième épisode comme celui-ci se produise. Là, ce serait une autre histoire», prévient-il.

«La période est compliquée»

Un temps, la rumeur a circulé que le ministre pourrait claquer la porte en septembre et rentrer en Bretagne. «C’est totalement infondé, rétorque-t-on dans son cabinet. Le Drian est complètement investi, il se sent une vraie utilité dans ses nouvelles fonctions, cela le nourrit. Il prend le temps de s’imprégner des dossiers.» Un homme de confiance du ministre se montre bien plus nuancé: «Jean-Yves n’est pas sur le départ. Mais la période d’installation est compliquée. Pour lui, à ce stade, le bilan, c’est 50/50. Il éprouve une forme de tristesse sur la méthode…» Comme beaucoup de ses camarades du gouvernement, Le Drian a appris l’ampleur des efforts budgétaires demandés à ses services, en ouvrant Le Parisien , le 11 juillet. Ces derniers jours, il se battait comme un beau diable pour obtenir une lettre de plafond plus clémente de la part de Bercy…

Si Jean-Yves Le Drian ne s’est pas mis en avant le 25 juillet lors de la rencontre à La Celle-Saint-Cloud entre les deux frères ennemis libyens Fayez al-Sarraj et le général Haftar, dont il a pourtant été le principal artisan, cela pourrait changer. À la rentrée, le ministre des Affaires étrangères, qui s’est déjà déplacé dans plus de quinze pays, portera la voix de la France au Conseil de sécurité de l’ONU et se rendra en Irak. «Il s’exprimera davantage», promet-on. Un exercice qui l’obligera à forcer sa nature. Le Drian fuit en effet les caméras et les micros. À peine arrivé au Quai d’Orsay, il avait d’ailleurs prévenu les cadres de la maison: «On dit de moi que je préfère “faire” que “dire”. Eh bien, c’est vrai. Je sais que j’entre ici dans un ministère où la parole est une forme d’action, et j’en tirerai les conséquences, puisqu’il s’agira de faire en disant. Pour autant, je ne veux pas être l’homme du commentaire de la situation internationale ou celui qui recherche la compagnie des médias. Ce n’est pas moi.»

Parti de l’Hôtel de Brienne le cœur serré, le socialiste pourra bientôt se replonger dans ses cinq années passées à la Défense. Selon nos informations, il doit en effet rencontrer la semaine prochaine François Hollande.


Source :©  Le Figaro Premium – Les inquiétudes de Jean-Yves Le Drian

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