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Emmanuel Macron bouscule la droite et défie la gauche

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VIDÉO – Le nouveau président a nommé à Matignon Édouard Philippe, député maire LR du Havre. Ce juppéiste a affirmé lundi soir que la situation l’avait incité à accepter cette mission.

«Il fallait que nous tentions quelque chose qui n’avait jamais été tenté.» Au journal de 20 heures de TF1, lundi soir, le tout nouveau locataire de Matignon, un brin tendu par sa brusque exposition médiatique, a justifié sa décision d’accepter de rejoindre l’aventure lancée par Emmanuel Macron. «Il n’y a jamais eu autant de colère en France», a-t-il souligné. Face aux défis du chômage, le premier ministre a confirmé que la réforme du droit de travail serait menée rapidement, après consultation et usage des ordonnances. «Mon objectif est que les objectifs que le président a fixés soient atteints», a affirmé Édouard Philippe en défendant ces ordonnances qui permettent de conjuguer «discussion parlementaire» et «rapidité d’exécution».

La première décision de l’ère Macron aura donc été de faire bouger les lignes politiques. Nommer un chef de gouvernement incarnant la promesse de recomposition de la classe politique. Édouard Philippe, 46 ans, troisième plus jeune premier ministre de la Ve République, a commencé dans les rangs rocardiens, pendant ses études, avant de mener une carrière politique à l’UMP, dans le sillage d’Alain Juppé. «J’ai beaucoup appris avec lui», a-t-il souligné lors de la passation de pouvoir, à Matignon, où il s’est présenté comme un «homme de droite». Quelques minutes auparavant, Édouard Philippe a, par ailleurs, appelé l’ancien chef de l’État Nicolas Sarkozy, en guise de geste de courtoisie.

Un coup de boutoir pour la droite

De son côté, Emmanuel Macron s’est refusé à tout commentaire sur le choix de son premier ministre depuis Berlin où il rencontrait la chancelière Angela Merkel. «Nous reprendrons dorénavant la discipline de ne pas parler de politique intérieure depuis l’étranger», a évacué le chef de l’État, en soulignant toutefois que «dans le cadre de (son) élection, la recomposition politique se poursuit». Avec Édouard Philippe en première ligne.

Voilà donc l’homme – Emmanuel Macron avait pourtant laissé entendre qu’il nommerait idéalement une femme – chargé d’aller au front, de descendre dans l’arène de l’actualité quotidienne et des polémiques, pour porter le programme présidentiel d’Emmanuel Macron. Voilà donc l’homme, de droite, chargé de mener la bataille contre son ancienne famille politique, les Républicains, pour les élections législatives. Un casting en forme de coup de boutoir pour une droite encore sonnée par sa défaite à l’élection présidentielle. Mais un casting qui ne correspond pas forcément au premier choix du président. Lequel visait plutôt un poids lourd des Républicains susceptible, par son arrivée à Matignon, d’éparpiller voire de faire imploser la droite façon PS.

Pas vraiment un vieux routier du Parlement

D’ailleurs, seule une vingtaine de parlementaires LR ont annoncé lundi leur volonté de saisir la main tendue par Emmanuel Macron. Dans la perspective des élections législatives, l’idée était d’en attirer beaucoup plus. La semaine dernière, le mouvement du président de la République n’avait pas dévoilé la totalité des personnes investies pour le scrutin de juin, laissant quelque 150 places en suspens. Il s’agissait de faire de la place aux transfuges à venir. Pour Emmanuel Macron, la nomination d’Édouard Philippe doit désormais se traduire par une arrivée de candidatures issues de la droite. C’est du moins le pari qu’il fait.

Le président voulait un fin connaisseur de l’Assemblée nationale, à même de piloter une majorité composée en partie de néophytes de la société civile. «Il faudra qu’il ou elle ait une forte expérience de l’art parlementaire et de la capacité à gouverner», martelait le candidat pendant la campagne. Ce n’est pas tout à fait le cas. Député depuis 2012, Édouard Philippe n’a pas le CV d’un vieux routier du Parlement.

«Emmanuel Macron a clarifié l’orientation de son projet politique. Il a donné les clés du gouvernement à un homme issu de la droite»

Benoît Hamon

Si sa nomination n’est pas vraiment une surprise, tant son nom circulait avec insistance de façon concordante dans les derniers jours, sa désignation tardive a toutefois semé le trouble. L’annonce n’a cessé d’être reportée, lundi, alimentant l’idée que des négociations compliquées s’éternisaient en coulisses. «Finalement, cela ne commence pas différemment du quinquennat précédent, qu’il est de bon ton de décrier en expliquant que Macron fait mieux que Hollande», ironise un parlementaire proche de l’ancien président.

Surtout, ce vrai faux suspens aura permis aux détracteurs d’Emmanuel Macron de fourbir tranquillement leurs armes. Ainsi, Jean-Luc Mélenchon attendait-il dans son QG pour lancer sa conférence de presse dès l’officialisation de la nomination. Mais ses arguments étaient prêts à être dégainés: «Ne donnez pas les pleins pouvoirs à M. Macron et à son premier ministre, une cohabitation est nécessaire.» Pour le leader de La France insoumise, l’arrivée de l’ancien porte-parole d’Alain Juppé à Matignon signe la convergence idéologique du PS et des LR. Un argument, repris également par Marine Le Pen, qui voit dans le nouvel exécutif «la synthèse parfaite des deux quinquennats précédents». «Maintenant c’est clair: avec un premier ministre de droite, le Parlement a besoin de gauche!», a tweeté de son côté Jean-Christophe Cambadélis, le patron du PS. Bref, pour beaucoup, l’arrivée du nouveau chef du gouvernement marque une clarification salutaire à l’approche des législatives. «Emmanuel Macron a clarifié l’orientation de son projet politique. Il a donné les clés du gouvernement à un homme issu de la droite», a ainsi commenté Benoît Hamon.

Sans compter que le nouveau locataire de Matignon est un énarque, sorti du Conseil d’État. La preuve pour certains que la promesse de renouvellement est encore loin d’être tenue.

Source :©  Le Figaro Premium – Emmanuel Macron bouscule la droite et défie la gauche

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