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Comment le FN envisage sa mue après la défaite de Marine Le Pen

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Comment le FN envisage sa mue après la défaite de Marine Le Pen
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Au lendemain du second tour de la présidentielle, les responsables FN préparent déjà la transformation du parti annoncée en direct par la candidate. Objectif : élargir la base pour convaincre de nouveaux électeurs.

Au sein du Front national dimanche soir, beaucoup ont découvert en direct l’une des principales annonces de la soirée. Après avoir acté sa défaite, mais aussi relevé un record de voix historique avec près de 11 millions de suffrages, Marine Le Pen a annoncé la mue de son parti. «Le FN, qui s’est engagé dans une stratégie d’alliance doit profondément se renouveler afin d’être à la hauteur de cette opportunité historique et des attentes des Français exprimées lors de ce second tour. Je proposerai donc d’engager une transformation profonde de notre mouvement afin de constituer une nouvelle force politique», a annoncé Marine Le Pen. En interne, ce débat de refondation devrait s’ouvrir très rapidement, avec une réunion du comité stratégique et du bureau politique dès ce mardi.

«Nous avons eu la primeur de l’information à peu près deux heures avant que Marine Le Pen l’annonce à la presse, alors que nous étions rassemblés à l’Escale» (le QG de campagne de la candidate, NDLR), raconte au Figaro Stéphane Ravier, maire du 7e secteur de Marseille. «On ne peut pas sortir d’une élection pareille, avec à la fois une défaite à 35%, mais un aussi un record en nombre de voix, et rester sur un modèle de parti vieux déjà de plusieurs années. Il y a là une situation historique pour notre mouvement dont nous devons tirer les enseignements. Beaucoup de voix nouvelles se sont portées sur nous ce dimanche, et elles peuvent repartir aussi vite vers d’autres horizons», analyse le sénateur des bouches du Rhône, membre du comité stratégique qui entoure Marine Le Pen. Un travail qu’il faut à la fois aborder «sans précipitation, mais aussi sans tarder», précise-t-il. Voilà pour le constat.

Garder le fond et changer la présentation

En pratique, si le changement de nom a été annoncé parmi les chantiers incontournables, toutes les autres pistes sont ouvertes. Il s’agit surtout pour le Front national de prendre toute sa place dans le paysage politique recomposé, au sortir du quinquennat Hollande. Arrivée en tête dans 45 des 577 circonscriptions législatives ce dimanche, Marine Le Pen espère ainsi pouvoir capitaliser sur son succès pour former un groupe d’élus à l’Assemblée nationale en juin prochain, et incarner la principale force d’opposition au futur gouvernement macroniste. «L’idée de ces transformations annoncées est de nous placer dans une dynamique de long terme, dans la lignée de nos succès aux précédents scrutins», estime Jean Messiha, coordinateur du projet présidentiel de Marine Le Pen et autre figure du comité stratégique.

«Quand on parle de recomposer la vie politique, il s’agit de clarifier l’offre pour mieux définir la demande et mieux y répondre. On ne peut à l’évidence pas évoquer cette recomposition et vouloir garder le même nom et la même structure. Cela appelle une réorganisation du parti pour le charpenter au niveau des 11 millions de suffrages qu’il a recueillis, et transformer cet acquis en nouveau noyau dur», estime Jean Messiha. «Cela passera par plus de professionnalisme dans l’organisation. L’autre volet va consister à pouvoir élargir notre offre à tous ces patriotes et souverainistes qui nous ont soutenus», poursuit l’énarque. Sur le fond, lui espère garder la ligne déjà contestée, sur la sortie de l’Euro notamment, «mais en adoucissant la formulation, en présentant les choses autrement». En interne, d’autres prêtent à la ligne de Florian Philippot une part de responsabilité dans la défaite, et ont déjà laissé comprendre qu’ils préféreraient au contraire garder la forme et changer le fond.

Attirer enfin «la droite hors les murs» dans les filets

Une volonté d’ouverture, «qui ne s’adresse pas forcément aux formations mais plus aux individus de bonne volonté et aux électeurs». Rien ne débordera donc pour le moment du cadre actuel du Front national, qui s’est élargi en fin de campagne à la faveur de l’alliance avec Nicolas Dupont-Aignan. «On finalise encore les contours de la négociation, mais il n’y aura pas de fusion. On part sur l’idée de ne pas présenter de candidat face à Debout la France (DLF) dans une cinquantaine de circonscriptions», détaille Jean-Lin Lacapelle, secrétaire national aux Fédérations et à l’implantation. «Il s’agira de se doter d’une structure qui puisse mieux accueillir les nouveaux venus, en quelque sorte de fusionner en une seule entité ce qui était séparé entre le Front national et le Rassemblement Bleu Marine (RBM). Ces outils ont atteint leurs limites, il faut désormais un écrin adapté à fédérer la première force d’opposition patriote, souverainiste et républicaine», détaille le vice-président du groupe francilien.

Sans aller jusqu’à des listes communes ou des candidats uniques, ces rapprochements pourraient prendre la forme de désistements de candidats FN en faveur d’élus jugés «compatibles». En pratique, les cibles de cette ouverture sont les mêmes que celles auxquelles le FN s’est adressé en cette fin de campagne: l’aile conservatrice des Républicains, les diverses chapelles souverainistes et autres composantes de «la droite hors les murs». C’est le marseillais Stéphane Ravier qui décrit le mieux ce segment: «Ce ne sera pas les Baroin, les Bruno Le Maire, ni les Raffarin, qui ont perdu leur légitimité en appelant à voter pour Macron… Mais de nouvelles générations de patriotes pas forcément de ce niveau. Des responsables issus de cette droite plus bonapartiste, qui veulent tourner la page de ce mondialisme de centre gauche que leurs collègues ont choisi».

Une chose est sûre, pour des raisons de calendrier, les changements concrets ne devraient n’intervenir qu’après les prochaines législatives et un éventuel congrès de transition.

Source :©  Le Figaro Premium – Comment le FN envisage sa mue après la défaite de Marine Le Pen

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