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Newsletter N°98 : LA FIN DE LA RECREATION

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LA FIN DE LA RECREATION

 
Bonjour
 
Je vous invite à me retrouver le mardi matin à 7h05 sur Radio J 94.8 FM pour ma chronique économique et financière. Deplus toute personne interessée par l'information économique sur l'Afrique, je vous invite à aller consulter le site
 
Merci
 
Dov ZERAH
 
 
MARDI 31 JANVIER 2017
 
Depuis quelques semaines l’hostilité allemande à la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) est de plus en plus forte. Il y a les déclarations régulières de ministre des finances Wolfgang SCHAUBLE, celles des députés conservateurs allemands…Cela a conduit le président Mario DRAGHI à se rendre en Allemagne la semaine dernière, défendre sa politique devant le Bundestag, rencontrer la chancelière Mme. Angela MERKEL…Le poids de l’économie allemande oblige M. DRAGHI à justifier la politique de la BCE, à tenter de désamorcer la virulence des propos allemands, voire des oppositions !
 
Essayons de comprendre la situation.
 
Depuis juillet 2013, le président Mario DRAGUI a engagé une véritable révolution monétaire. De déclaration en déclaration, la BCE s’est érigée en véritable rempart de la zone euro. Ce fut « tout sera fait pour sauver la zone euro », puis « no limit », et enfin, « we aren’t finished here », « nous ne nous arrêterons pas là ». Cela s’est traduit par une série d’inflexions sur :
 
  • Le taux de refinancement des banques a été abaissé à un minimum historique, ce qui a conduit à des taux d’intérêt négatifs. Cela a complétement perturbé l’activité des banques de la zone
 
  • L’allongement des durées des opérations de refinancement des banques. Parallèlement, des sommes importantes ont été mises à disposition des banques. Il est attendu du programme dit TLTRO une relance du crédit aux entreprises, et par voie de conséquence de l’activité économique. Pourtant, un crédit facile est nécessaire, mais non suffisant. Il ne crée pas automatiquement de la demande susceptible de pousser les entreprises à investir, et donc à emprunter.
 
  • La mise en place d’un dispositif illimité de rachat d’obligations souveraines, en contradiction avec le Traité de Maastricht qui interdit tout refinancement du Trésor d’un Etat membre. Ses statuts confinent la BCE à la préservation de la valeur intrinsèque de la monnaie, au seul réglage monétaire pour contenir l’inflation. Sans aucune modification juridique, Mario DRAGHI n’a plus cherché à lutter contre l’inflation, mais il a combattu le spectre des dettes souveraines, ainsi que celui de la déflation, au risque de susciter la hausse des prix.
Rappelons qu’après avoir considéré, en 2014, que la BCE outrepassait son rôle, avec l’Outright Monetary Transactions (OMT), les juges de la Cour fédérale de Karlsruhe ont considéré ne pas être compétents et ont interrogé la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) qui a validé le mécanisme. Le 21 juin dernier, la Cour fédérale a finalement rejeté les plaintes contre l’OMT.
 
  • La baisse de l’euro. En diminuant la rémunération des actifs en zone euro, et en augmentant considérablement les liquidités, la BCE a affaibli l’euro qui devrait, après avoir connu les sommets de 1,60 $, se rapprocher de la parité…En stimulant les exportations européennes, cela devrait favoriser la croissance et l’emploi, mais au prix d’une dévaluation et donc d’une diminution de la valeur de la monnaie. Cela a fonctionné en Allemagne qui a enregistré en 2016 un record mondial d’excédent commercial, avec 258 Md$.
 
La politique d’assouplissement monétaire ou quantitative easing, initiée par la BCE est l’objet de plusieurs critiques en Allemagne :
  • Avec les faibles taux, la BCE pénaliserait les banques dont les marges sont au plus bas
  • Elle menacerait le marché de l’immobilier allemand, dont les cours se sont envolés et qui serait au bord de la bulle immobilière
  • L’inflation est peut-être utile pour diminuer la valeur nominale des dettes, mais défavorise, voire appauvrit les retraités, les épargnants et les classes défavorisées.
Et si on sait comment créer de l’inflation, c’est plus compliqué de la combattre. Jean-Claude Trichet, l’ancien président de la BCE avait coutume de dire que « l’inflation est comme la pâte à dentifrice, une fois sortie du tube, on ne sait comment remettre la pâte dans le tube ! »
  • Le risque est aussi grand de voir l’excès de liquidités et la recherche de rentabilité à un moment de taux faibles créer des bulles spéculatives. Nous serions alors confrontés au paradoxe du pompier ! Toute personne qui a eu à faire face à un incendie a pu constater que les plus gros dégâts ne sont pas occasionnés par le feu, mais par l’eau. Le pompier ne peut pas prendre le risque de laisser le feu se propager ou couver sous des objets ; aussi, il arrose au maximum.
 
La critique allemande est si forte qu’un ancien responsable de la Deutsche bank et deux économistes ont publié dans le journal économique de référence, le Handelsblatt, un plaidoyer pour parer au risque d’implosion de la zone, la création d’un euro de secours, « l’euro-or » en forme de devise refuge… !
 
La mémoire collective allemande n’a pas oublié
 
  • L’hyper inflation de 1922-1924. Entre juillet 1922 et novembre 1923, le dollar va passer de 420 marks à 4 200 000 000 000 marks, soit une dévaluation de 1000 milliards % ! Le coût de la vie a été multiplié par un facteur de 1 380 milliards. Nous avons tous en mémoire les images d’allemands allant chez le boulanger avec des brouettes de billets. Les paysans refusent de vendre leurs produits contre des billets, la famine s’est installée dans le pays, le troc est réapparu…Les épargnants ont été ruinés, le chômage de masse s’est développé, des émeutes éclatent dans le pays
  • Les difficultés de l’après-guerre. Au sortir de la guerre, le pays est ruiné, occupé, désorganisé, perdu des territoires, a eu 7 millions de morts, des millions de personnes déplacées, une extrême pauvreté…une forte inflation. Le 20 juin 1948, les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France font une réforme monétaire, mettent fin à l’utilisation du dollar et créent le deutsche mark qui avec le plan Marshall et les trente glorieuses va être le symbole de la renaissance économique allemande.
 
Ces rappels historiques sont importants pour apprécier l’extrême sensibilité des Allemands sur les sujets monétaires, et comprendre leurs remarques sur la politique de la BCE. Nous verrons dans les prochains mois ce que va faire la BCE. Il est vraisemblable qu’il y aura une inflexion d’autant plus que depuis septembre, nous avons eu des déclarations de responsables de la BCE laissant entendre que les mesures avaient atteint leurs limites. Est-ce la fin de l’argent facile ? Est-ce la fin des taux bas ? Nous saurons dans les prochains mois, si nous aurons l’atterrissage de cette politique favorable.
 
 
 


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