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Primaire à gauche: l'inquiétude grandit dans le camp Valls

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Manuel Valls lors de la présentation de son programme présidentiel, mardi, à la Maison de la Chimie, à Paris. – Crédits photo : Blondet Eliot/ABACA

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Le programme de l’ex-chef du gouvernement, qui contredit souvent ce qu’il défendait à Matignon, brouille son image et inquiète ses partisans.

Alors, cette campagne de Manuel Valls? Comment ça se passe? Au bout du fil, un député partisan de l’ancien premier ministre soupire. Silence. Long silence. Très, très long silence. Puis: «Le contexte est compliqué quand même.» Dans l’équipe de campagne de Valls, un responsable s’inquiète aussi: «Ça n’a pas encore infusé mais c’est normal, la campagne commence maintenant. Si je vous disais la même chose la semaine prochaine, là il y aurait de quoi s’inquiéter…» Quant à ce ministre vallsiste, il résume l’impression générale autour des premiers pas du candidat dans la primaire du PS: «Ça ne va pas.»

Depuis la déclaration de candidature de l’ancien premier ministre dans sa ville d’Évry le 5 décembre, il y a un mois jour pour jour, un mauvais climat s’est installé sur sa campagne. Un premier déplacement raté dans le Doubs a renvoyé une image d’amateurisme. Un autre à Strasbourg l’a vu recevoir un paquet de farine sur la tête .Dans la foulée, la candidature surprise de Vincent Peillon a alimenté l’idée de la mise en place d’un «Tout sauf Valls» au PS.Sa proposition de supprimer l’article 49-3 de la Constitution, formulée après y avoir recouru six fois à Matignon en tant que premier ministre, a provoqué sarcasmes et ironie dans son propre camp.

« Je ne ferai pas de choix jusqu’au premier tour»

Stéphane Le Foll sur France Info

Quant à son projet dévoilé mardi, il a surpris parmi ses proches pour son coup de barre à gauche, à l’opposé de ce qui avait jusqu’alors fait son succès. Signe aussi de l’improvisation qui semble régner, Manuel Valls a déjà changé son slogan de campagne. Le premier – «Faire gagner tout ce qui nous rassemble» – avait été jugé illisible. Place désormais à la «République forte» et la «France juste». «Le slogan actuel n’est peut-être pas définitif, prévient-on déjà dans l’entourage du candidat. Une campagne, c’est une succession de messages. Il s’agit de savoir à quelle phase il correspond. Là, nous sommes dans le projet. Il pourra ensuite évoluer dans l’entre-deux-tours, si on se qualifie, et même encore après la primaire, si les Français prolongent notre vie démocratique.»

Autre problème: les hollandais historiques. Au mieux, ils soutiennent Manuel Valls du bout des lèvres, au pire ils se taisent. Beaucoup le tiennent encore pour responsable du renoncement de François Hollande et voient en lui celui qui aura porté le dernier coup de poignard au président de la République. «Je ne ferai pas de choix jusqu’au premier tour», a ainsi affirmé Stéphane Le Foll sur France Info. De leur côté, Michel Sapin et Jean-Yves Le Drian ont apporté leur soutien à Manuel Valls dès le début mais de façon assez discrète. Idem pour Bernard Cazeneuve qui refuse de prendre parti publiquement mais parle toutefois de lui en privé comme de son «candidat de cœur», celui pour lequel il votera à la primaire.

Peine à trouver ses marques

Mais à l’inverse, les détracteurs de Manuel Valls sont beaucoup plus visibles. Comme Ségolène Royal qui a dit tout le mal qu’elle pensait de l’ancien premier ministre en critiquant son action à Matignon. Pire encore, l’ex-candidate à l’élection présidentielle tourne désormais son regard vers Emmanuel Macron avec insistance. «J’observe avec bienveillance ce qui est fait, ce qui est dit, c’est quelqu’un tourné vers le futur», a-t-elle expliqué mercredi sur France 2, infligeant en creux un camouflet à l’ancien chef du gouvernement. Une attitude jugée «gonflée» par l’équipe du candidat.

Bref, pour l’instant, Manuel Valls peine à trouver ses marques, sa campagne patine, la fébrilité gagne ses équipes. De quoi éclairer d’une lumière nouvelle ce jugement lapidaire formulé par un de ses opposants peu après sa nomination à Matignon, alors qu’il était au fait de sa puissance: «Valls sans Matignon, c’est quoi? La mairie d’Évry, Luc Carvounas et Carlos Da Silva. Point.» Sa ville d’implantation et ses deux principaux lieutenants donc.

«Cette campagne est très compliquée pour lui. Il y a d’un côté le risque de jouer les épouvantails de la primaire, de l’autre celui de brouiller son identité politique. Entre les deux, la voie est plus qu’étroite», observe un député socialiste. Le format de la campagne n’aide pas non plus. Bâtie pour redonner de la légitimité à un président de la République qui stagnait dans les tréfonds de l’impopularité, elle a changé de nature après le renoncement de François Hollande. Et pris des allures d’arène pour règlements de comptes entre socialistes. Une sorte de congrès avant l’heure dont l’enjeu ne serait pas tant l’Élysée que l’avenir du PS après la défaite annoncée.

Depuis sa candidature, Manuel Valls a engrangé de nombreux soutiens parlementaires. De quoi relayer sa campagne sur le terrain

En outre, avec le timing de la primaire, difficile de trouver son rythme. À peine un mois de campagne, trois débats télévisés en sept jours et déjà le premier tour. Dans ce laps de temps très resserré, Manuel Valls veut développer «une campagne totale», explique l’un de ses proches. «C’est-à-dire une campagne qui n’oublie aucune dimension: des déplacements de terrain, du tractage militant, des réunions publiques, du numérique et des médias.» Depuis sa candidature, Manuel Valls a engrangé de nombreux soutiens parlementaires. De quoi relayer sa campagne sur le terrain. «À partir du meeting du 8 janvier à Liévin, il y aura un déplacement quotidien, hors jour de débat, explique-t-on dans son équipe. Le but est évidemment de mobiliser et de sortir en tête au premier tour pour ensuite rassembler.» De Toulouse à Limoges en passant par Rennes, Paris et peut-être Dijon, Manuel Valls va tenter de quadriller la France avec une dizaine de réunions publiques programmées.

Mais dans une campagne aussi courte et intense, les prestations dans les médias seront essentielles. Cela commence dès ce jeudi soir pour Manuel Valls qui joue gros avec sa participation à «L’Émission politique» de France 2. «Un rendez-vous important mais ce n’est pas un 20 heures», minimise-t-on dans son entourage. Voilà tout de même l’occasion pour lui de lever les malentendus et ambiguïtés. De jouer sur sa stature aussi. Ancien premier ministre, ancien ministre de l’Intérieur, Manuel Valls a affronté toutes les attaques terroristes du quinquennat. «Nous sommes dans un moment particulièrement grave où la France de 2017 n’a rien à voir avec la France de 2012. Il y a moins de cinq ans, l’État islamique n’existait pas, ou en tout cas n’avait pas de territoire», a-t-il rappelé mercredi sur RTL. Le régalien comme atout, même si personne autour de lui ne peut évaluer l’impact de ce positionnement. De toute façon, comme le balaie l’un de ses proches, lucide: «Personne ne peut prédire les résultats de la primaire».

Source :©  Le Figaro Premium – Primaire à gauche: l’inquiétude grandit dans le camp Valls

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