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Le Congrès américain prépare le lancement de l'ère Trump

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Mike Pence, vice-président élu, Paul Ryan, réélu dès mardi speaker de la Chambre des représentants, Kevin McCarthy, chef de la majorité à la Chambre, et Steve Scalise, son adjoint, se congratulent à l’issue d’une réunion du «Grand vieux parti», mercredi à Washington. – Crédits photo : J. Scott Applewhite/AP

INFOGRAPHIE – La bataille entre républicains et démocrates sur l’abrogation de l’Obamacare a déjà commencé.

Correspondant à Washington
Tandis que de sa tour de verre à New York, Donald Trump s’exerce à gouverner dans quinze jours en tweetant à tout-va, les troupes républicaines prennent possession du champ de manœuvres politiques à Washington. Précédant l’investiture du 45e président le 20 janvier, l’ouverture de la 115e session du Congrès américain a amorcé mardi une nouvelle ère dans laquelle, pour la première fois depuis le début du siècle, le «Grand vieux parti» (GOP) détient tous les leviers du pouvoir fédéral.

Un sentiment d’euphorie s’est emparé de la majorité qui vient de prêter serment sur la colline du Capitole. Les deux tiers des 241 représentants républicains n’ont jamais connu ce «gouvernement unifié» – Parlement et présidence aux mêmes couleurs – dont Paul Ryan, réélu dès mardi speaker (président) de la Chambre basse, avoue avoir «tant rêvé». «Une occasion unique», a-t-il souligné, de mettre en pratique un programme préparé de longue date par le Congrès, déjà aux mains des républicains depuis 2011, mais bloqué par un président démocrate (et réciproquement). Les propositions de lois qui s’empilent depuis six ans, marquées du veto de Barack Obama, ont désormais une chance de voir le jour, pour peu qu’elles agréent au prochain maître de la Maison-Blanche.

Si Donald Trump a les slogans, le Congrès a les politiques. Le conservateur Grover Norquist rêvait en 2012 d’un président qui «ait assez de doigts pour tenir un stylo» et se contente de signer les lois. Trump a déjà recadré les élus qui avaient eu la velléité de supprimer un Bureau d’éthique parlementaire, contraire à sa promesse «d’assécher le marécage» de Washington. Il gardera la main sur les orientations, mais nul ne sait à quel degré de détail il s’impliquera dans la mise au point des réformes. Ses positions exprimées durant la campagne ne coïncident pas toujours avec le vaste plan d’attaque des républicains. Le vice-président, Mike Pence, qui présidera le Sénat, s’est rendu mercredi matin au Capitole pour affiner la stratégie. Obama a fait de même avec la minorité démocrate.

Les républicains contrôlent 52 des 100 sièges du Sénat

Les républicains affichent ce que le Washington Post qualifie de «programme le plus conservateur depuis les années 1920». Ses priorités consistent à abroger la loi de 2010 sur l’assurance-maladie (Obamacare) ; à réformer la fiscalité pour baisser les impôts des ménages et des entreprises, éliminer certaines taxes foncières et droits de succession ; à assouplir le contrôle des banques instauré après la crise de 2008-2009 et à annuler quelque 200 réglementations fédérales, en particulier sur le droit du travail et la protection de l’environnement. Sans oublier d’assurer la confirmation expéditive des membres du gouvernement Trump par le Sénat. La charge de travail s’annonce telle que le Congrès a prévu de passer de quatre jours de travail hebdomadaire à des sessions de cinq jours.

Le premier pas a été franchi sans attendre. Les républicains ont déposé mardi une résolution au Sénat, qui devait être adoptée mercredi, jetant les bases d’une abrogation partielle de l’Obamacare. Elle donne jusqu’au 27 janvier à quatre commissions du Congrès pour produire un texte d’ajustement budgétaire qui permettrait, au passage, d’annuler des crédits d’impôts favorisant l’assurance individuelle, de supprimer l’obligation individuelle de s’assurer, ainsi que les pénalités infligées aux employeurs qui ne couvrent pas leurs salariés. Le Congrès républicain avait voté 89 fois en vain l’élimination de l’Obamacare. Rien n’est encore arrêté sur le texte de remplacement, malgré plusieurs propositions législatives déjà rédigées, dont l’une de Tom Price, le prochain secrétaire à la Santé.

Un «état-major de guerre» démocrate

La méthode présente l’avantage d’empêcher toute procédure dilatoire de la minorité démocrate (la «flibuste») en ne requérant qu’un vote à la majorité simple. Les républicains contrôlent 52 des 100 sièges du Sénat, loin des 60 nécessaires pour surmonter les manœuvres de blocage. Trump a mis en garde mercredi sur le risque politique attaché à l’opération, si une partie des 20 millions d’assurés récents se retrouve sans couverture médicale. «Prenez garde que les démocrates soient à blâmer pour le désastre de l’Obamacare, qui s’écroule et dont les primes s’envolent», a-t-il tweeté. Au même moment, Obama a recommandé aux démocrates d’adopter la guerre de tranchées utilisée contre lui par le Tea Party et de ne pas «voler au secours» de réformes républicaines «vouées à l’échec».

Désigné mardi chef de la minorité démocrate au Sénat, Charles Schumer a proposé un soutien conditionnel à Donald Trump s’il bouscule certains dogmes républicains, sur le planning familial (qui protège le droit à l’avortement) ou la rénovation des infrastructures (dont le financement reste sujet à caution). Le président élu a confié avoir plus d’affinités avec le sénateur démocrate de New York qu’avec les chefs de file de sa majorité. Barack Obama en paraît assez inquiet pour s’être déplacé au Congrès, stimulant la résistance au démantèlement de son «héritage». Sur la même ligne, le Parti démocrate a créé un «état-major de guerre» qui n’entend pas lâcher Trump, tant sur les conflits d’intérêts posés par son groupe que sur son attitude envers la Russie, accusée de cyber-interférence électorale.

L’ombre de Vladimir Poutine plane sur la rentrée politique à Washington. Trump doit être «briefé» vendredi par les agences de renseignement sur les piratages attribués à Moscou. Il a insinué que celles-ci avaient retardé le rendez-vous de deux jours pour «monter leur dossier», auquel il continue de ne pas croire. La veille, le directeur national du renseignement (DNI) et celui de la NSA doivent témoigner devant la commission du Sénat présidée par John McCain. Celui-ci et d’autres républicains en désaccord avec Trump sur la Russie pourraient compliquer la confirmation du futur secrétaire d’État, Rex Tillerson. L’ex-PDG d’Exxon Mobil figure parmi une liste de huit «cibles» que les démocrates comptent passer au gril, sur leur idéologie ou la transparence de leur considérable fortune.

Source :©  Le Figaro Premium – Le Congrès américain prépare le lancement de l’ère Trump

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