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Aimer la France, c'est respecter son histoire

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Crédits Photo: Wikipédia.

FIGAROVOX/TRIBUNE – Les mots de Nicolas Sarkozy sur les Gaulois ont donné lieu à une vive polémique. Pour l’historien Benoît Pellistrandi, il faut reconnaître le caractère commun, mais aussi complexe de l’histoire de France, au risque de querelles qui divisent.


Agrégé d’histoire et ancien élève de l’Ecole normale supérieure, Benoît Pellistrandi est professeur en classes préparatoires au lycée Condorcet à Paris et spécialiste de l’histoire espagnole. Il a notamment publié Histoire de l’Espagne. Des guerres napoléoniennes à nos jours chez Perrin en 2013.


La campagne présidentielle, dans sa phase initiale, nous offre tous les dérapages et toutes les polémiques possibles. La dernière en date: celle provoquée par Nicolas Sarkozy sur nos ancêtres les Gaulois.

On comprend le propos qui, l’ancien président est trop malin pour ne pas le savoir, a pour but de provoquer le bruit et d’attirer vers lui les lumières du débat politique. La réponse de la ministre Najat Vallaud-Belkacem est juste, mais elle est trop courte et encore trop polémique.

«Je suis né en France, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé»

Marc Bloch

Le grand historien Marc Bloch (1886-1944) écrivit à chaud une analyse de la défaite de juin 1940, publiée à titre posthume sous le titre L’étrange défaite. L’ancien combattant de 1914-1918 avait repris du service, malgré son âge en 1939 pour défendre la France et la République. On sait qu’il prolongea cet engagement dans la Résistance et qu’il mourut fusillé par la Gestapo en 1944. Marc Bloch dans ce témoignage écrit: «Je suis né en France, j’ai bu aux sources de sa culture, j’ai fait mien son passé» (c’est moi qui souligne).

L’histoire est d’abord un savoir qu’on ne doit pas instrumentaliser.

Voilà l’authentique formule républicaine et nationale qu’il convient de rappeler aujourd’hui. Reprenant l’élan qu’Ernest Renan avait identifié quand il disait que la “nation est un plébisicite de tous les jours”, Marc Bloch souligne l’adhésion personnelle, fruit de l’éducation et de la connaissance, qui permet d’aboutir au choix de la France. Dans le même livre, on trouve la fameuse formule: «Il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l’histoire de France: ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération». Refusant la logique des deux France et des guerres civiles, Marc Bloch ne mobilisait pas l’histoire. Elle est d’abord un savoir qu’on ne doit pas instrumentaliser. Elle est. Reste à la comprendre, à l’expliquer et à l’aimer c’est-à-dire à dire ce qu’elle fut, en replacer ses manifestations dans leurs époques et comprendre comment ruptures et continuités organisent un fil suffisamment fort pour faire de nous des héritiers.

Piège infiniment dangereux : car la querelle appelera la comparaison, la confrontation et la disqualification réciproques.

Mais des héritiers responsables, c’est-à-dire placés devant des choix à faire aujourd’hui et maintenant pour nos enfants et nos petits-enfants. Un temps viendra où nous seront morts et d’autres vivants nous passeront au crible de leur évaluation historique. Il faut souhaiter pour notre mémoire qu’on aura été à la hauteur.

Rien n’est moins sûr dans cette instrumentalisation haineuse et partiale de l’histoire, dans sa transformation en querelle d’identité. Piège infiniment dangereux: car la querelle appelera la comparaison, la confrontation et la disqualification réciproques. Elle sera réductrice, simplificatrice et blessante. Elle portera avec elle le développement de nos différends civils et civiques.

Il n’y a ni à rougir ni à revendiquer l’histoire de France. Elle a été. Il faut en revanche la comprendre pour aujourd’hui, pour en faire l’instrument d’une conscience nationale réfléchie, critique et volontaire. Il n’y a pas de nationalisme sans histoire mais l’histoire doit fuir la tentation nationaliste. Or, dans les dangers qui nous guettent, nous devons porter une parole exigeante et si possible exacte. Pour revendiquer l’histoire de France, il suffit de la respecter, de la faire sienne pour comprendre la collectivité que nous sommes. C’est une opération d’intelligence, pas de slogans.

Vive l’histoire quand elle célèbre la vérité d’un passé complexe.

On raconte que pour soulever l’enthousiasme des Africains et constituer une armée d’Afrique pour libérer le territoire français, Leclerc avait la formule suivante: «De Gaulle, Jeanne d’Arc, même père, même mère»! C’était une manière de dire la continuité. Et s’il faut mobiliser l’histoire, retrouvons alors les accents de Malraux qui, en 1964, concluait un hommage à Jeanne d’Arc par ces mots: «ô toi, Jeanne, sans visage et sans sépulcre, toi qui savais que le tombeau des héros est le cœur des vivants , peu importent tes vingt mille statues, sans compter celle des églises: à tout ce pour quoi la France fut aimée, tu as donné ton visage inconnu (…), toi qui as donné au monde la seule figure de victoire qui soit une figure de pitié!».

Vive l’histoire quand elle accueille, quand elle célèbre non l’unité artificielle et rhétorique mais la vérité d’un passé complexe, quand elle sert la communauté en étant ce qu’elle doit être: une connaissance et une reconnaissance.

Source : Le Figaro Premium – Aimer la France, c’est respecter son histoire

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