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Mon cher François, n'y allez pas !

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Vous qui maîtrisez parfaitement la langue française – sans la moindre vulgarité pour faire « peuple » et ce n’est pas le moindre motif de mon compagnonnage amical – vous serez sensible au détournement de ce précepte inspiré par la sagesse populaire. Non plus jamais deux sans trois mais toujours trois sans quatre!Mon cher François, n’y allez pas !

Mon amicale injonction s’adresse à François Bayrou.

Non pas évidemment à François Hollande puisque celui-ci a eu le courage et la lucidité de tirer les conséquences de son bilan médiocre et de son échec inéluctable en décidant de ne pas se représenter. Il a eu le destin que je lui prévoyais, sans y croire, dans un billet du 6 mai 2016, s’il avait la force d’abandonner.

C’est le président du MoDem qui m’importe seul et ce qu’il prévoit peut-être pour les prochaines semaines.

Vous ne pouvez pas imaginer, mon cher François, à quel point durant ces derniers mois, dans de multiples débats, j’ai dû vous défendre face à des attaques personnelles, mesquines ou odieuses qui dénigraient l’homme de qualité et le politique honnête que vous êtes. Je l’ai toujours fait avec conviction parce qu’il y a des causes qui ne se discutent pas et des injustices à combattre absolument.

J’apprends que vous refusez de vous rallier à François Fillon et que vous n’adhérez pas à son projet présidentiel (Le Figaro). Je ne suis pas surpris.

Vous devez d’abord considérer avec inquiétude ces juppéistes mal traités, avec ironie ces fillonistes de fraîche date, d’après la victoire, inconditionnels, pour beaucoup, de Nicolas Sarkozy hier. La politique c’est cela : un mélange permanent de convictions affirmées et de revirements tactiques (Le Monde).

Je crains cependant autre chose de votre part qui tient à votre tempérament. Les orgueilleux intelligents aiment trop une forme de solitude même entourée et ne détestent pas assez, parfois, une tendance à la dissidence et à la provocation qui leur fait percevoir le oui comme douloureux et le non comme admirable. Il y a sans doute un peu de cela, aujourd’hui, dans vos interrogations même si je relève avec optimisme que vous n’avez pas foncé, audace en tête et pensée reléguée, dans le piège que les résultats de la primaire LR vous tendent. Une victoire que vous n’espériez pas, une défaite que vous pressentiez, une exclusion dont vous rêviez.

Bayrou

L’essentiel qui nous réunit, puisqu’en 2012 j’ai fait le même choix que vous en votant en faveur de François Hollande parce que Nicolas Sarkozy, après un quinquennat insupportable et trop peu critiqué dans son camp, s’estimait encore légitime pour concourir, est qu’aujourd’hui Nicolas Sarkozy, au moins sur le plan français, a été rejeté. Pour vous, en 2012, l’abstention aurait été inconcevable et vous n’avez pas à rougir de votre démarche.

Ce n’est pas votre faute si François Hollande a mis à bas la validité de soutiens pluralistes qui absurdement lui avaient fait confiance et dont il aurait pu faire un meilleur usage avant le maquillage vain de son quinquennat en réussite.

Mais, pour Nicolas Sarkozy, vous ne devez pas sous-estimer le fait que vous été l’un des artisans principaux de sa déconfiture. Vous ne pouvez pas oublier que vous avez dénoncé durant son mandat les honteuses et gravissimes transgressions de la morale publique et de l’indépendance judiciaire et que le 20 novembre 2016, avec beaucoup de retard, vous avez été suivi.

François Fillon a gagné brillamment et Alain Juppé a perdu dignement mais si lui et son équipe avaient bien voulu sortir de leur autarcie technique, pour les joutes médiatiques et les conditions d’une personnalité et d’une parole persuasives, peut-être auraient-ils damé le pion à celui qui a été remarquable là où Alain Juppé a échoué.

Autant Nicolas Sarkozy sorti victorieux de la primaire aurait justifié de votre part une quatrième candidature – il y avait un gouffre politique et éthique entre lui et vous -, autant elle me semblerait incompréhensible avec François Fillon. Je vois bien pourtant tout ce qui dans son programme vous déplaît et peu ou prou par votre bouche Alain Juppé continue à s’exprimer. Et d’autres doutes se manifestent (Le Monde).

Mais votre antagonisme sur le fond, alors que par ailleurs François Fillon commence déjà et naturellement à attiédir son excitante radicalité, ne serait pas de nature à faire admettre et approuver par les citoyens une quatrième implication dans la campagne présidentielle.

Cet homme pour lequel vous avez de l’estime a, vous l’admettrez, la tenue et l’allure qui nous ont tant manqué hier et nous ont fait défaut durant presque cinq ans avec François Hollande, la République elle-même, en plus, étant devenue vaudeville, avec ce coup de théâtre du 1er décembre qu’on peut espérer final et qui la remet un peu d’aplomb et au clair.

F

Vos divergences sur son projet justifieraient un dialogue de haut niveau, un compromis équitable, un rapprochement lucide, aboutiraient à des aménagements nécessaires et je ne doute pas qu’avec François Fillon, cette approche serait non seulement bienvenue mais utile. Revenir dans le processus présidentiel seulement pour manifester, Nicolas Sarkozy éliminé, que vous n’êtes pas accordé avec tout le programme (qui va continuer à être révisé) de François Fillon, ce serait alors, pour le coup, tomber véritablement dans un narcissisme dangereux pour la démocratie et susceptible de donner de la matière au pire souvent scandaleux déversé sur vous.

Vous affirmez vouloir assumer vos responsabilités (Valeurs actuelles) et ce n’est pas être naïf que d’oser donner à cette volonté un tour qui serait d’abstention.

Bien sûr il y a le centrisme dont vous avez été et demeurez la seule incarnation libre et cohérente. Un centrisme qui se précipite par clientélisme dans les bras d’une droite même, pour une fois, remarquablement illustrée n’est plus du centrisme mais un abandon, une reddition avec armes, bagages et lâcheté. Avez-vous vraiment envie, même pour vous distinguer – c’est déjà fait ! – de batailler avec Hervé Morin et Maurice Leroy d’un côté et avec Jean-Christophe Lagarde de l’autre. Ils se disputent les morceaux d’une fausse croix centriste et votre alliance avec François Fillon serait forcément d’un autre acabit que la leur.

Vous représentez la vraie et, maire de Pau, toute influence nationale ne vous est pas interdite. Vous avez une voix, une force, une constance, une fidélité. Attention à ne pas laisser se dégrader ce formidable capital en ce qui serait analysé comme une vanité.

N’éprouveriez-vous pas, aussi, une répugnance à vous immiscer dans un paysage où vous seriez forcément atteint par contagion par la primaire de la gauche, les palinodies et le retrait présidentiels et un Jean-Luc Mélenchon qui ne retient plus sa joie anticipée malgré des déceptions antérieures qui devraient, lui paraît-il l’insoumis, le rendre moins assuré ?

Il ne s’agit pas de pactiser avec Emmanuel Macron qui lance des appels aux électeurs centristes mais l’honneur est aussi de ne pas mépriser ou de ne pas traiter à la légère qui ne le mérite pas. Cet adversaire, si vous le qualifiez de tel, est estimable, atypique, novateur et familier avec des thèmes qui ne sont pas éloignés de vous. Le monde politique n’est pas à ce point empli de singularités et d’espérances, celles de la maturité ou de la jeunesse, pour qu’on puisse trop vite répudier celles qui s’offrent. Il ne vous fait pas d’ombre et une certaine lumière de votre part ne serait pas récusée.

Vous qui maîtrisez parfaitement la langue française – sans la moindre vulgarité pour faire « peuple » et ce n’est pas le moindre motif de mon compagnonnage amical – vous serez sensible au détournement de ce précepte inspiré par la sagesse populaire. Non plus jamais deux sans trois mais toujours trois sans quatre!

Mon cher François, n’y allez pas !

Source :© Justice au Singulier: Mon cher François, n’y allez pas !

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