Bauhaus : de Weimar à Dessau, l'art et la vie à l'école de l'utopie - C.J.F.A.I   OneStat.com Web Analytics
Quantcast

Bauhaus : de Weimar à Dessau, l'art et la vie à l'école de l'utopie

Home»ART & CULTURE»Bauhaus : de Weimar à Dessau, l’art et la vie à l’école de l’utopie
image_pdfimage_print

bauhaus2

L’exposition intitulée L’Esprit du Bauhaus est visible jusqu’au 26 février prochain au Musée des arts décoratifs, à Paris.

 

L’exposition intitulée L’Esprit du Bauhaus est visible jusqu’au 26 février prochain au Musée des arts décoratifs, à Paris.

Présentation des personnages. Comme dans tout roman sur la vie universitaire et ses enjeux, ils sont nombreux et typés, différents de goûts, de générations et d’origines, plutôt des mâles dans les rôles vedettes, toujours de fort tempérament, qui, chacun, donnent à l’histoire matière à un chapitre, un rebondissement ou une impasse. «Dans l’imaginaire collectif, le Bauhaus est lié à Vassily Kandinsky et Paul Klee, deux des plus grands artistes du XXe siècle. On voit parfois le Bauhaus comme un rassemblement de peintres de l’avant-garde, Josef Albers, Oskar Schlemmer, Lyonel Feininger, occultant ainsi toute la complexité de son existence, ainsi que la diversité de pratiques de ces artistes», contre-attaque d’emblée la normalienne Anne Monier, commissaire de ce cours magistral avec Olivier Gabet, directeur du Musée des arts décoratifs.

Le Bauhaus, c’est d’abord une école. C’est d’ailleurs le propos et la bannière de cette savante exposition, la première en France depuis celle du Musée national d’art moderne en 1969, alors au Palais de Tokyo. Idées et pratiques, même combat! La preuve en plus de 900 œuvres, objets, mobilier, textiles, dessins, maquettes, peintures, trésors disposés en une succession de demi-cercles symboliques qui reprennent le Schéma de la structure d’enseignement du Bauhaus dessiné par Walter Gropius en 1923.

Quatorze ans d’existence seulement

Un vaste panorama qui passe de l’intellectuel au concret, des influences médiévales, asiatiques ou ésotériques au Goetheanum, siège de la Société anthroposophique universelle et de l’École libre de science de l’esprit, fondées par Rudolf Steiner en hommage à Goethe, construit de 1925 à 1928 près de Bâle (le Vitra Design Museum, son voisin, le mit au centre de son exposition «The Bauhaus #itsalldesign», fin 2015).

Il est sage de lire le catalogue rouge, jaune ou bleu, à la belle conception graphique signée Philippe Apeloig, avant d’y plonger pour le délice de la contemplation (les vitraux de Josef Albers réalisés en 1921 avec d’humbles tessons de bouteille). L’école du Bauhaus ne dure que quatorze ans, de 1919 à 1933, mais l’apport de cette marginale est déterminant pour l’histoire de l’Europe et de l’humanité.

En témoigne le renom de son émule américaine, le Black Mountain College, université libre expérimentale fondée en 1933 près d’Asheville en Caroline du Nord, où enseignera Josef Albers, exilé avec ses maigres prototypes de sculptures métalliques, et son épouse, Anni, grande artiste du textile, le domaine encore dévolu aux femmes. Le peintre allemand y invitera d’ailleurs nombre de personnalités du Bauhaus, Walter Gropius, Marcel Breuer, Xanti Schawinsky, Lyonel Feininger. On peut les juger à Paris sur pièces (Vassily et la jeune Nina Kandinsky photographiés comme des statues dans la salle à manger de leur maison de maître, à Dessau, 1927).

Le Manifeste de Walter Gropius

À l’entrée, une immense photo d’époque réunit tous les grands du Bauhaus sur fond jaune vif, personnages en quête d’auteur que l’histoire a transformés en roman de géants. Chapeau pincé de bourgeois, regard direct et tiré à quatre épingles, Walter Gropius est au centre. Son premier mariage en 1915 avec Alma Mahler, veuve de Gustav Mahler, rappelle sa dimension de notable. Il vient d’une famille de grands architectes allemands (père et grand-oncle), a étudié l’architecture à Munich, puis à Berlin, a travaillé dans l’agence Peter Behrens jusqu’en 1910.

Son fameux Manifeste fonde le Bauhaus en 1919 à Weimar. Objectif? Fusionner l’enseignement des beaux-arts, jusque-là l’apanage de l’École des beaux-arts de Weimar, et celui des arts décoratifs, jusque-là assuré par l’École des arts appliqués d’Henry Van de Velde. Soit abolir les frontières et toute hiérarchie entre les disciplines. L’architecture, le design, la photographie, l’art du costume et la danse sont tous du banquet, frugal et joyeux. Au sein de la «Bande du Bauhaus», Walter Gropius est le penseur, le maître, le messager. «Au lieu d’enseigner, il passe une bonne partie de son temps à sillonner l’Allemagne pour donner des conférences lucratives pour l’école, susceptibles d’y intéresser de généreux mécènes.»

Chaos voulu et vivant

L’utopie est un mélange inédit de liberté sauvage et de codes stricts. «Comment une école a-t-elle pu réunir des professeurs aussi opposés que le mystique Johannes Itten et le rationnel Laszlo Moholy-Nagy, former des élèves aussi différents que le peintre Albers et la photographe Florence Henri? L’histoire du Bauhaus est émaillée de querelles plus ou moins violentes entre ces fortes personnalités, entre peintres et architectes, expressionnistes et constructivistes, mystiques et rationalistes, militants socialistes et tenants de l’apolitisme», souligne Anne Monier. La vie en communauté est aussi une utopie qui sublime la dureté de la vie matérielle. «Des couples se forment, entre étudiants, entre professeurs et étudiants ; des mariages se nouent dont celui, emblématique, de Josef et Anni Albers ; des rumeurs de liaisons circulent ; des enfants naissent hors mariage qui seront élevés au sein de l’école», rappelle l’historienne.

De ce chaos voulu et vivant, nous viennent un vent de jeunesse, un flot d’images décalées et audacieuses (Balcons du Bauhaus à Dessau, 1927, par Moholy-Nagy), de fêtes rythmées comme les saisons, inversant la loi de la société, héritage du carnaval (fête blanche, fête des barbes, des nez et des cœurs, fête du métal, fête des masques), de pique-niques beaux comme des citadins en pleine nature.

Au total, outre les artistes, les architectes et les designers, ce sont 1.250 étudiants qui traversent l’esprit du Bauhaus pendant les années libres de la République de Weimar, avant l’arrivée du nazisme. Il faut, après cette grande leçon parisienne, faire le voyage au Centre Pompidou-Metz. Vivre l’expérience unique d’Oskar Schlemmer avec son Ballet triadique et mesurer son invention personnelle d’un art total.

Source :©  Le Figaro Premium – Bauhaus : de Weimar à Dessau, l’art et la vie à l’école de l’utopie

Laisser un commentaire

X