Famine au Vénézuela : l'ONU se tait - C.J.F.A.I  
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Famine au Vénézuela : l'ONU se tait

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Toujours prompt à accuser Israël de tous les maux, l’ONU se tait face à la catastrophe sanitaire et humanitaire au Vénézuela.
« Si je ne peux rien acheter aujourd’hui, j’irai me coucher sans dîner une nouvelle fois. Il faudra que je mette mes petits-enfants au lit tôt pour qu’ils ne me réclament pas de nourriture » explique Esperanza, 59 ans, grand-mère de deux enfants.

UN Watch, une organisation non gouvernementale de défense des droits de l’homme basée à Genève, a exhorté le secrétaire général des Nations Unies Ban Ki-moon à répondre à l’appel de 50 ONG vénézuéliennes exprimant leur indignation envers de nombreuses agences humanitaires de l’ONU qui ne réagissent pas face au président Nicolas Maduro et qui ignorent la famine et la catastrophe sanitaire qui ont lieu au Venezuela. La coalition d’ONG vise les agences de l’ONU telles que l’OPS, la FAO, le PNUD, le FNUAP, l’UNICEF et l’OMS qui font la sourde oreille face aux besoins nutritionnels et sanitaires incontestables de millions de personnes au Vénézuela. Ce silence serait dû aux pressions exercées par le régime de Maduro sur ces agences.

« L’ONU affirme qu’elle se préoccupe des droits sociaux et économiques. Mais quand cela concerne le Venezuela, les agences et les officiels de l’ONU continuent à aider les coupables et non les victimes », explique Hillel Neuer. « Non seulement le Venezuela a été réélu au Conseil des droits de l’homme des Nations unies, où il y reçoit un laissez-passer, mais l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture à Rome a décerné l’année dernière au pays une récompense pour avoir réduit de moitié la malnutrition. C’est une mascarade. »

« C’est tout simplement aberrant et immoral. C’est la trahison des valeurs-mêmes de l’ONU », a ajouté Neuer. « Les médias vénézuéliens ont utilisé la fausse reconnaissance de l’ONU comme propagande pour légitimer un régime qui est responsable de la création d’une situation désespérée en ce qui concerne la nourriture pour des millions de leurs concitoyens. » « Le Venezuela, avec le support de Cuba et d’autres alliés, a utilisé son poids politique pour influencer les agences et les experts de l’ONU. En tant que membre du Conseil des droits de l’homme des Nations unies (CDH), le Venezuela a soutenu les experts de l’ONU qui ont soutenu Chavez. »

« Par exemple, Jean Ziegler a été un expert du CDH sur le droit à l’alimentation pendant de nombreuses années. Le Venezuela a nommé Ziegler, un allié de longue date de Fidel Castro, à l’ONU et lui a apporté tout son soutien. En échange, Ziegler a encensé Chavez. Ziegler fait désormais partie du comité consultatif du CDH et il reste silencieux sur les abus commis à l’encontre des droits de l’homme.” « De même, Hilal Elver, l’actuel expert sur le droit à l’alimentation, ne s’est jamais rendu au Venezuela, n’a jamais fait de déclaration sur la famine au Venezuela. Il n’a même pas envoyé un tweet sur le sujet. C’est honteux », dit Neuer.

Le silence des agences de l’ONU sur la situation au Venezuela affecte la santé, l’accès à la nourriture et la dignité des plus vulnérables

50 organisations vénézuéliennes de la société civile souhaitent exprimer leur indignation et leur rejet de la conduite et du silence de plusieurs agences de l’Organisation des Nations unies établies au Venezuela, en particulier l’OPS, la FAO et le PNUD, dans un contexte d’accroissement rapide du niveau de pauvreté, de la fragilité sociale et économique, et de l’instabilité institutionnelle et politique, dans lequel la population fait face à une pénurie grave et de grande ampleur, touchant la nourriture, les médicaments et les équipements médicaux dans tout le pays, ainsi qu’au manque de capacités internes à régler cette situation à moyen terme. Le FNUAP et l’UNICEF ont aussi décidé de limiter leurs activités à la mise en place de quelques programmes, restant à l’écart de cette situation très sérieuse, qui affecte en premier lieu les femmes enceintes, les enfants et les adolescents, les personnes âgées, les communautés indigènes et rurales, ainsi que les personnes privées de libertés.

Le mardi 19 juillet 2016, lors de la conférence de presse tenue par le Service d’information de l’ONU, sa directrice, Alessandra Vellucci, a annoncé que le point presse concernant le Venezuela du vendredi 15 avait été suspendu « car des collègues de plusieurs autres agences n’avaient pas assez d’informations pour un exposé approfondi ». Fadelia Chaib, de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), a dit qu’elle « vérifierait auprès de l’OPS les mesures prises et les informations reçues depuis le Venezuela. Dès qu’il y aura plus d’informations disponibles, il n’est pas exclu que l’OMS informe la presse sur ce sujet. »

Depuis 2013, les organisations de la société civile ont envoyé des informations à ces agences et ont même organisé des manifestations pacifiques devant les bureaux de l’OPS à Caracas, attirant l’attention sur les échecs généralisés en ce qui concerne l’approvisionnement en médicaments, en équipements et en services. La FAO a aussi été informée depuis 2012 de la détérioration progressive de la situation nutritionnelle de la population. Depuis le 1er mars 2016, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA) est au courant de la nature humanitaire de cette crise.

Les agences de l’ONU s’abstiennent de communiquer avec la société vénézuélienne, sans pressions ni conditions de la part du gouvernement. Cette situation compromet leurs performances, selon l’initiative « Les Droits de l’homme avant tout », qui établit leur devoir de donner la priorité aux missions et aux engagements envers les droits de l’homme avant de servir les intérêts des États, et de fournir des informations exactes en ce qui concerne les populations à risque ou sujettes à de sérieuses violations des droits de l’homme, afin d’assurer des stratégies cohérentes d’actions sur le terrain, de faciliter une action coordonnée à l’avance et d’avoir un impact plus important sur le travail de protection des droits de l’homme et du droit international humanitaire.

La crise sanitaire affecte 120 000 personnes ayant des problèmes médicaux complexes, 3 millions ayant de l’hypertension et du diabète, 90 000 souffrant de malaria (la majorité de ces personnes étant indigènes et travaillant dans des mines) et 60 000 souffrant de dengue. La mortalité maternelle a augmenté de 66 cas pour 100 000 en 2015 à 116 en 2016, selon les chiffres officiels. En 2015, 12,1 % de la population (plus de 3 millions de personnes) affirmaient manger 2 fois par jour ou moins, et 87 % affirmaient ne pas avoir assez d’argent pour acheter de la nourriture. Dans la première moitié de 2016, le déficit nutritionnel a atteint 12 % dans les zones urbaines, 19 % dans les zones périurbaines et 27 % dans les zones les plus pauvres. Dans les principaux hôpitaux du pays, des cas de malnutrition sévère ont été rapportés, incluant des diagnostics de marasme et de kwashiorkor.

En regard de cette situation, il est inacceptable que la conférence sur le Venezuela ait dû être suspendue « car des collègues de plusieurs autres agences n’avaient pas assez d’informations pour un exposé approfondi ». Il est aussi inacceptable, et cela va à l’encontre des principes de l’initiative « Les Droits de l’homme avant tout », que le HCDH ne reçoivent pas d’informations fiables et en temps utile de la part des agences de l’ONU. Dans ces conditions, quel est le but de la présence au Venezuela de l’Organisation panaméricaine de la santé, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture, du Fonds pour la population, du Fonds pour l’enfance et, en particulier, du Programme pour le développement?

Après la suspension de la conférence du 15 juillet et après la déclaration faite lors de la conférence de presse du 19 juillet, il semble indéniable que les agences n’ont même pas informé leur direction générale de la crise au Venezuela, une situation qui met en danger des milliers de personnes, en particulier les plus vulnérables.

 

L’Organisation des Nations Unies ne peut pas continuer à « échouer à remplir ses responsabilités » au Venezuela. Afin d’être capable d’empêcher des conséquences irréparables en ce qui concerne les pertes en vies humaines et l’intensification à venir de la détérioration des conditions nutritionnelles et sanitaires dans le pays affectant les plus vulnérables, l’ONU doit mettre en place, aussi vite que possible, un mécanisme de coopération internationale et d’assistance humanitaire.

Source unwatch.org  22 juillet 2016

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